Connaissez-vous Hypatie?

“Hypatia” Tableau de Charles William Mitchell (1885)
Photo Wikipédia

“Hypatia” Tableau de Charles William Mitchell (1885)
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A l’heure où le premier scribouillard venu se permet quelques mots hâtifs, croyant en cela pénétrer l’univers espéré du panthéon littéraire, à l’heure où des pigistes fraîchement émoulus d’une école de journalisme se sentent d’humeur rousseauiste, partageant d’un auteur le seul papier blanc qu’ils vont maculer de leur histoire insipide n’ayant de commun avec une confession que le titre pompeux, à l’heure où quelques folliculaires vont gaspiller des feuilles collées entre elles pour n’encombrer que les rayons poussiéreux des libraires que nul n’aborde, à l’heure où quelques prétentieux profitant de leur poste à la tête d’une rédaction pour essaimer, modernes camelots, de multiples messages vantant ce qu’ils osent appeler une oeuvre, j’apprends qu’un poète, un homme rare en ces temps de barbarie et d’inconséquence, se bat contre la mort après une troisième opération du coeur.
Mahmoud Darwich, poète palestinien à l’oeuvre considérable, est né en 1941 à Al-Birwah, en Galilée. A l’époque en Palestine, aujourd’hui en Israël où il a grandi. Fuyant au Liban, sa famille revient clandestinement pour découvrir les ruines du village sur lesquelles s’est installée une colonie juive.
Plus tard, rejoignant le parti communiste israélien, il sera emprisonné pour ses écrits. En 1970 il s’exile au Caire, à Beyrouth en 1973. A partir de 1982, suite au bombardement de Beyrouth par l’armée israélienne, il repart, pérégrin rêveur, pour Le Caire, Tunis et Paris. Elu au comité exécutif de l’OLP, il quittera cette organisation en protestation de négociations qui n’ont pas son aval, préférant “une paix, mais une paix juste”.
A Paris jusqu’en 1995, il obtient l’autorisation de l’Etat Hébreu de retourner en Palestine voir sa mère quelques jours, puis enfin de s’installer à Ramallah.
Aujourd’hui, Mahmoud Darwich est sous assistance respiratoire dans un hôpital de Houston après une intervention à coeur ouvert.
Ce coeur qui battait si vigoureusement pour la paix et la sérénité de deux Etats frères, ne s’opposant pas à l’existence d’Israël, mais réclamant l’indépendance de Gaza et de la Cisjordanie, ce coeur n’est plus qu’une rose qui lentement s’étiole.
“Adieu à ce qui adviendra sous peu… adieu,
Adieu à ce qu’apporteront les lieux.
Ma nuit s’est confondue dans la nuit, mon sable dans le sable
et mon coeur n’est plus bien public.
Adieu à celle que j’aurai pour pays, à celle qui sera ma perdition.
Je saurai comment je rêverai bientôt et comment rêver dans un an.
Je saurai ce qui adviendra dans la danse de l’épée et du lis,
Comment le masque m’ôtera le masque.
Dois-je voler ma vie pour vivre d’autres minutes, quelques minutes entre
labyrinthes et minaret.
Assister à l’apocalypse dans la cérémonie des devins
Et savoir ce que déjà je savais? J’ai vu… j’ai vu l’adieu.”
Plus rares sont les roses - “Adieu à ce qui adviendra” M. Darwich
En l’an 2000 le ministre israélien de l’éducation demanda que ses poèmes soient étudiés dans les programmes scolaires de son pays. Le premier ministre de l’époque s’y opposa, prétextant qu’Israël n’était pas encore prêt.
Dernière minute: Mahmoud Darwich vient de mourir ce samedi à Houston. Les roses pleurent et se raréfient.
Les adolescents corses sont-ils responsables de leur crime? La bêtise, la haine, l’exemple à suivre ou les prêches nationalistes, en s’incrustant dans l’esprit des enfants, sont-ils à l’origine du geste imbécile de ces deux rejetons infâmes qui ont tué un nourrisson que sa mère portait dans ses bras?
En jetant des pierres vers des touristes, hier soir à Bonifacio, deux jeunes corses d’à peine quinze ans ont tué l’enfant d’un couple venu en vacances dans un coin de France d’une beauté rarissime.
Quelques jours auparavant, avait eu lieu à Corté le rassemblement annuel des nationalistes de tout poil, où, lors d’un débat chloroformant sur la question essentielle de savoir qui était corse ou non, un aborigène s’était levé pour apostropher l’assemblée, réclamer le départ des individus non autochtones et ranimer une discussion, dont le thème, à ses oreilles, n’avait nul besoin d’être débattu, la cause étant entendu, seul le natif pouvant se prévaloir de demeurer à ses côtés.
Entre ces discours imbéciles et ces actes attentatoires récurrents qui illuminent les nuits de l’île de leurs explosions dont se gargarise une minorité à l’esprit rétrograde, il ne fait aucun doute que des enfants malléables puissent s’en accommoder et en faire leur crédo.
Alors, si ces enfants sont responsables du geste, ce sont les pères les initiateurs, et ces assassins en herbe, suivant l’exemple donné, eux dont l’âge est celui où l’on joue encore aux gendarmes et aux voleurs, ne pouvaient être que les tristes interprètes d’une tragédie écrite par de sinistres auteurs et jouée sans relâche depuis des lustres pour le malheur de beaucoup et la réjouissance inepte de la minorité de l’île, cette minorité qui impose par la violence du verbe et de l’acte sa vision passéiste du monde à ceux, majoritaires, dont le coeur corse bat à l’unisson de la beauté de leur île.
Car ce geste, même si ces adolescents n’étaient pas animés de l’intention de tuer, exprime le rejet, le besoin de chasser, l’envie de bannir, de blesser celui qu’on considère envahisseur.
Mais la Corse n’est pas la Palestine. Cette espèce d’intifadah n’a aucun sens, aucune légitimité. Elle est dérisoire et stupide, stupide au point de tuer un enfant qui ne demandait qu’à connaître un jour la magnificence de la Corse, cette Corse où, n’en déplaise, chacun doit être libre d’y vivre.
Passant devant un poste de télé, j’aperçus le visage de Séguéla s’animant sur un fond de bouteilles minérales. Je m’arrêtai quelques secondes, non pas écouter ce que racontait le publiciste, ce devait être sans intérêt comme à l’accoutumée, mais pour regarder le fond d’écran qui me fit m’interroger sur la position de mes lunettes. Les avais-je mises dans le bon sens? Je vivais un grand moment d’absurdité: le film était diffusé à l’envers afin que les marques ne fussent lisibles! J’abordais en un instant sur la plage de la stupidité où se prélassent les obsédés du bien-penser, ces nouveaux héros dont Kafka se serait amusé à décrire leur vision, qui n’est même pas surréaliste, exiguë.
Exiguë également l’intelligence des analystes sévissant fumeusement et dorénavant un peu partout au nom de l’atteinte à la santé morale et physique des ouailles que nous sommes, bon gré mal gré, devenues. Gageons que demain ils ne se nomment plus censeurs, mais directeurs de conscience, avec l’orgueil d’un shadock émoustillé, nouvellement promu au gardiennage de la pompe. L’autre jour, reprenant ma barque abandonnée quelque temps, je ramais vers Dailymotion pour revoir les vidéos que j’avais sélectionnées. Cinq d’entre elles avaient le même thème; l’une concernait la totalité de “l’interview du professeur Molinard”, intitulée ainsi, les quatre autres l’identique parole découpée en tranches, appelées “le tabagisme passif”. La première était visible, les autres censurées. Est-il besoin de commenter la profondeur de l’esprit à l’origine de cette salutaire distinction?
Exiguë encore la démarche de policiers et juge, arrêtant ce couple équatorien venu de Belgique passer quelques jours de vacances en France avec leur fille, d’origine belge, parfaitement en règle. Suspicieux au possible, nos pandores nationaux se sont mis à sept autour de leur véhicule, du côté de Cherbourg, pour les contrôler, les arrêter et les déférer devant un juge qui les a mis, sans autre forme de procès, en rétention, après leur garde-à-vue. Ils ont été traités, à leurs dires, comme des délinquants et des criminels. Ils ont vécu l’enfer. Ils seront renvoyés de force dans leur pays, aux frais du contribuable bien sûr, traumatisés, alors qu’ils devaient y retourner tout naturellement après leurs vacances. Ce séjour inoubliable est décrit dans le catalogue du contre-journal de Libé. Pour son tarif, s’adresser au ministère de Monsieur Hortefeux; le prix des cartes postales n’est pas inclus dans la pension complète.
A tous les vacanciers de la planète, soyez prudent si vous allez à l’étranger.
Connaissez-vous Serge Portelli?Il est magistrat et vice-président du Tribunal de Paris. Il tient un blog sur le site du Nouvel Obs, où ponctuellement il laisse quelques notes d’une grande sagesse. On aimerait, à le lire, que tous les magistrats fussent de sa trempe.
Son avant-dernier billet concerne sa rencontre, lors d’un débat télévisé, avec le ministre de l’intérieur de l’époque qui s’appelait Nicolas Sarkozy.
Extrêmement révélateur du personnage qui nous dirige, je ne peux que vous engager à le lire. Etonnant!
C’est ici: Serge Portelli