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Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

ALAIN JUPPE L’HUMANISTE.

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(c) Service photo du Premier ministre

On connaissait l’homme d’Etat, froid et distant, droit dans ses bottes. On connaissait aussi l’homme meurtri par un procès injuste qui l’éloigna de la vie politique. On connaissait l’exilé loin de la douceur girondine, des senteurs landaises et des délices du Médoc, endurant les rigueurs hivernales de nos cousins canadiens. Nous ne connaissions pas, tout au moins, je l’avoue, je ne connaissais pas l’humaniste qui rôdait dans les profondeurs de cet homme.

J’avais toujours eu pour lui un sentiment d’incertitude, une interrogation constante relative à cette apparence de rigueur, d’autorité, de confiance en soi allant parfois, me semblait-il, jusqu’au dédain de l’autre. Toutefois, lors des critiques fusant de toutes parts  l’accusant de faire profiter son fils d’un appartement de standing à bas coût, bien que n’étant pas de son bord politique, et sans doute mu par cette constante préoccupation de défendre ceux dont il me paraît qu’on outrepasse la bienséance à leur égard, ainsi que par cette attirance que j’ai, des contraires et de la contradiction, mais aussi plus vraisemblablement par ce brin de folie qui me pousse à me sentir libre, je pourfendais ses détracteurs en leur demandant de le laisser en paix et de réfréner leurs critiques. L’attitude d’Alain Juppé qui s’ensuivit, me prouva que je n’avais pas tort.

Puis la dignité dont il fit preuve dans la condamnation indigne qu’on lui infligea, tout comme l’avait précédemment vécu Henri Emmanuelli, me conforta dans l’idée que ce normalien n’était pas tout à fait ce qu’il laissait paraître. Le rôle d’un politique, après tout, est de gérer les affaires de l’Etat et non de parader ou de gesticuler.

Son exil temporaire me parut la marque d’une grandeur incontestable, d’une noblesse et d’un courage que peu aurait su assumer. Son retour, d’une discrétion relative, mais un  visage et un nom connus ne peuvent passer entre les herses dressées par les hordes médiatiques et si attentives au dérisoire sans y laisser quelques lambeaux de leur image, me conforta dans cette idée que je m’étais faite peu à peu que cet agrégé de lettres classiques ne pouvait être foncièrement un homme infréquentable. Un homme qui connaît le grec et le latin ne peut avoir que mon estime, moi qui n’en sais que les rudiments.

Les Bordelais ne s’y sont pas trompés en l’élisant sans faillir dès le premier tour des dernières élections municipales.

Et nul aujourd’hui ne peut désormais s’y tromper lorsque, sur son blogue, l’homme s’interroge sur les événements tibétains et les réactions, on ne peut plus molles, des gouvernants occidentaux. “Au fond de moi-même, je me demande ce que j’aurais dit si j’avais été investi d’une responsabilité nationale”. Le doute n’est plus permis, cet homme est grand. Loin des certitudes apparentes, devait-il, à chaque décision qu’il devait prendre lorsque les affaires de l’Etat le contraignaient, subir ce dilemme, ce doute, ces interrogations qui sont le propre d’une intelligence humaniste.

“La parole, comme disait Démocrite, est l’ombre de l’acte”. Or cette parole d’Alain Juppé ne peut être que le reflet de son âme.

Poursuivant cette introspection il s’avoue être ébranlé face à cette “realpolitik” que fustigeaient hier ceux qui gouvernent aujourd’hui, ne demandant au pouvoir de Pékin de ne tuer qu’avec retenue! Cette disgrâce à son regard.

Il ne sait s’il aurait cédé, lui-aussi, à ce “bon sens”, ce sous-entendu économique dont on devine qu’il n’a pas son approbation par ce qu’il énonce dans l’introduction de son billet, affirmant sa révolte et sa condamnation devant cette flagrante violation des libertés d’un peuple opprimé.

Il s’interroge, il ne sait pas. Et ce doute révèle l’honnêteté intellectuel, ce doute fondateur, créateur, sans lequel toute décision, toute oeuvre, tout acte, ne deviennent que fruits de hasard irresponsables, aux conséquences dramatiques, quand bien même parfois ce hasard peut-il être favorable.

En revanche ce doute doit faire place au choix définitif, et l’humilité dont on fait preuve, dont fait preuve Alain Juppé lorsque, sans ambiguïté à mes yeux, il prend le parti de désapprouver cette Chine si riche, cette humilité fait que les mots dits à voix basse résonnent plus intensément dans nos consciences.

“Qu’aurais-je fait?” titre-t-il. Sa conclusion est sans partage: “Mais les Tibétains meurent”.

2 commentaires pour “ALAIN JUPPE L’HUMANISTE.”

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