RECIT D’UN DRAME.
A 17 heures aujourd’hui (heure locale) un accident est survenu sur la propriété d’un couple. L’homme, un sexagénaire encore alerte bricolait sur sa terrasse alors que son épouse, malgré un temps incertain, assise sur une tondeuse auto-portée, allait et venait de façon rapide et méthodique sur le tapis vert d’une herbe drue. Le ronronnement mélodieux du moteur répondait au cri déchirant d’une scie sauteuse quand soudain un bruit plus sourd se fit entendre. Relevant la tête, l’homme surpris vit son épouse, quinquagénaire dynamique et audacieuse,dans une position acrobatique, penchant dangereusement à gauche, à la limite de la chute, agrippée au volant de son engin. Le tracteur venait de perdre une roue.
Les enquêteurs, arrivés sur place peu de temps après, ont longuement auditionné cet homme, seul témoin du drame, encore sous le choc de l’accident, pour lequel aucune victime n’est à déplorer, si ce n’est quelques fourmis et autres minuscules myriapodes coincés sous l’appareil. Pendant ce temps son épouse, s’étant éclipsée, se préparait un thé.
L’inspection minutieuse de l’engin, qui sortait d’une grande révision effectuée par son propriétaire, ne laisserait apparaître aucune défaillance mécanique, la vitesse et une tonte trop rase, enfreignant les règles, seraient à l’origine de l’accident. “Nous avons la quasi certitude, a confirmé le chef des inspecteurs au mari, que l’accident est dû à des passages répétés et trop bas sur la pelouse. Nous en sommes quasiment certains, votre femme est une tête brûlée. Je sais d’ailleurs, par le voisinage que j’ai interrogé diligemment, qu’elle joue fréquemment avec son engin à frôler les arbres et les arbustes pour apeurer les oiseaux, d’où forcément des risques de chocs.”
Posant sa scie sauteuse, qu’il tenait toujours en main, après que le chef des inspecteurs se fut dissipé dans l’espace, l’époux se dirigea vers le mini-tracteur afin d’en avoir le coeur net. Celui-ci, de marque illisible après quelques milliers d’heures de tonte à son actif, présentait cet aspect pataud d’un capitaine Crochet sans sa jambe de bois, rouge de honte comme sa peinture éraflée par endroit, preuve évidente de passages trop ras les arbres. Sa roue gauche gisait, pantelante, sur le sol.
Après étude laborieuse du dossier, et faisant fi des dires des experts, le mari vint consoler son épouse et la rassurer quant à son talent de tondeuse. Elle n’y était pour rien; l’usure du temps et une paille dans l’acier avaient provoqué la rupture de l’axe de roue, obligeant l’appareil à venir terminer sa course au bord d’un parterre. Il en avait la preuve, l’axe en main tendu victorieusement vers la femme présentait une cassure nette et visible, impossible à deviner sans avoir auparavant rassembler les restes épars des rondelles cachées sous l’herbe haute, car non tondue à cet endroit, puis reconstituer le tout à l’identique. L’axe était bel et bien fracturé. Les photos jointes le prouvent sans ambiguïté. Mais indiscernable avant, nul ne pouvait prévoir la fracture.
Vous imaginez si pareille aventure survenait sur une voiture, un train ou pire, sur un avion, au-dessus d’un désert?

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