A quoi joue Sarkozy? Est-il à ce point soucieux des valeurs immémoriales de la République, mais peut-être désuètes à nos yeux et vraisemblablement aux siens tant il a modifié le style présidentiel, pour s’ériger soudain en gardien sourcilleux du prestige de l’uniforme?
Quel est donc le fondement de sa pensée vis à vis de l’Armée, dont je rappelle qu’il en est le chef, alternant systématiquement entre le désintérêt, les louanges, les honneurs, les critiques, la vindicte? A trop louvoyer on provoque le mal de mer.
Certes les armées d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec celles de jadis, et la nécessité de réformer une institution, depuis des lustres aussi légère et réactive qu’un char d’assaut, devenait indispensable. Le livre blanc a donc paru; analysé par beaucoup, encensé par les uns il désenchante les autres. Certains se sont donc exprimés selon leur ressenti, et parfois leur préférence politique. Tel ce professeur de médecine, Philippe Juvin, maire UMP de La Garenne-Colombes, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine et accessoirement officier de réserve, servant actuellement en Afghanistan. Donc militaire et astreint en tant que tel -même pour deux mois- au devoir de réserve. Je n’ai entendu personne du gouvernement crier au scandale sur les propos élogieux qu’il a tenu sur le livre blanc, affirmant sans l’ombre d’une seringue à la main, “qu’il fut accueilli très favorablement par les militaires”, alors qu’à l’inverse les membres du collectif “Surcouf” sont recherchés comme des terroristes pour avoir écrit leur désappointement.
Dans l’un et l’autre cas, ou l’on sanctionne tout le monde, ou l’on laisse dire. Sinon l’injustice est patente. Pourquoi l’un pourrait-il s’exprimer et pas les autres? Pourquoi surtout lâcher sur eux, comme l’affirment le Nouvel Obs et Le Figaro, la meute des espions de la DCRI (ex DST) pour les pister comme des gibiers de potence? Mettent-ils en danger la sécurité de la Nation? Les recense-t-on comme un groupuscule dormant préparant un attentat?
Attentat de lèse-majesté, peut-être, ayant écrit au détour d’une phrase le terme “amateur” si cher à celui qui les poursuit de sa vindicte. Je n’ai, quant à moi, rien lu d’autre que la déception de militaires “pur jus”. J’irai jusqu’à dire qu’avant les critiques l’éloge est de mise.
En ce millénaire qui débute dans l’explosion de la communication, le silence n’a plus de logique. Chacun est libre de s’exprimer sans devoir craindre les foudres d’un Jupiter indigène. On me répondra que l’armée est détentrice de la violence légitime d’une nation, et que ce pouvoir immense qui lui est dévolu ne peut se concevoir sans une stricte obéissance. Mais critiquer n’est pas désobéir. C’est apporter une pierre à l’édifice, car toute suggestion émanant de ceux qui le bâtissent, qui en sont les artisans et doivent y servir, ne peut qu’élargir la vision forcément restreinte d’un architecte de passage.
A quoi joue donc Sarkozy en s’aliénant nos soldats? Car désormais il fait l’unanimité dans les troupes, et il faudra autre chose que la crainte pour les rallier sous sa bannière, d’autant qu’il en rajoute en boudant les réceptions traditionnelles des ministères de la Défense puis de l’Outre-mer, le 13 juillet, mais s’affichant le 14 avec le dictateur Syrien.
Abyssus abyssum invocat!
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angoustrine dit :
est-ce qu’il joue, le Pancrate? Ou alors la république est son joujou? un peu comme ces chefs à la fois narcissiques et finalement immatures, entroués de courtisans veules et flagorneurs, qui vont à la curée? On a des hypothèses de réponse…