logo
visu

Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Il sera toujours préférable d’être un petit soleil qu’un gros satellite.

CENSURE.

En quel monde vivons-nous? Si je ne doute pas que certains de mes écrits déplaisent à quelques uns, je ne les empêcherai jamais de le dire et certainement pas de faire en sorte qu’ils n’apparaissent pas au yeux de ceux qui souhaitent les entendre ou les lire. La pluralité des idées et des opinions est une notion que beaucoup devraient garder à l’esprit, s’ils en ont, car elle permet d’évoluer. Sans doute est-ce là que se situe ce noeud gordien où les tenants d’une pensée unique ne souffrent pas qu’on puisse exprimer autre chose que ce qui leur complaît.

Il faut donc trancher parfois et ne pas se laisser mutiler par quelques ilotes en quête de radicalisme. Je l’ai fait sans état d’âme en supprimant mes écrits sur un site (il s’agit du Post, filiale du journal Le monde) où je laissais quelques traces de mon passage. Car on ne censure pas un seul de mes mots sans le faire pour tous. Lorsque j’écris, chacun de mes termes est choisi en fonction de la pensée qu’il exprime, de la force ou de la réalité qu’il représente à mes yeux; chacune de mes phrases est construite puis analysée, rebâtie s’il le faut, pesée et enfin élaborée définitivement pour être déposée à l’attention de celui ou celle qui me fera le bonheur de la lire. Ces phrases mises bout à bout formeront un ensemble que j’espère cohérent et traduisant l’intime de mes convictions. Et je dénie à quiconque le droit de gommer quoi que ce soit de ce labeur long, laborieux, pénible quelques fois, mais toujours exultant de voir se formaliser, se concevoir, se matérialiser l’image sous le regard, ce reflet vivant plus ou moins fidèle du magma de l’esprit.

Ce que je dis ici est le propre de ce que vivent tous ceux qui font l’effort de créer. Quel que soit le support, sculpture, peinture, musique, écriture. Quel que soit leur talent, quelle que soit leur possibilité. Ils offrent à leurs contemporains une idée, une vision, une approche qui est leur, unique et insondable; cela plaît ou non, mais cela est; en tant qu’oeuvre cela doit être respecté. Et y compris les écrits -puisque nous sommes sur un espace d’écriture- les plus séditieux, les plus nauséabonds. Libre à chacun de les lire, de les commenter, de les critiquer; ou pas! Après, s’ils sont à ce point délétères, nauséeux ou contraires à la morale -mais qu’est-ce la morale?- existent des tribunaux pour ceux que cela tentent ou estiment nécessaire.

Rien ne me trouble. Je suis apte à combattre ce qui me semble mauvais; et ce n’est pas en biffant d’un trait de stylo qu’on fera disparaître à jamais ce qui tôt ou tard rejaillira ailleurs. C’est précisément en laissant émerger même le pire qu’on peut s’y opposer. La connaissance du danger est plus puissante pour le vaincre que toutes les mesures issues d’un autoritarisme couard.

Mais l’inconcevable étant que les plus tolérants, au prétexte qu’ils osent dire ce qu’ils pensent, employant un mot inscrit dans le dictionnaire des censeurs, construisant une phrase dont on pense qu’elle suggère l’anéantissement de l’ordre établi, érigeant l’architecture complexe d’un enchevêtrement de propositions dont on s’arroge le droit de décider qu’elle est contraire à l’orthodoxie du moment, se retrouvent bâillonnés, muselés, garrottés, au son des tambours de la multitude versatile. Ainsi Socrate, ainsi Baudelaire, et tant d’autres dont le futur a su les retrouver.

C’est ce que ne comprennent pas les pusillanimes de la censure, partisans de la politique de l’autruche, offrant à ceux dont l’esprit est libre la meilleure posture qui soit pour recevoir la bénédiction d’une semelle.



Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

Fermer
Envoyer à l'email