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Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

L’africain, selon H. Guaino.

 

Dans la rubrique Opinions du journal Le Monde daté du 26, Henri Guaino s’essaye à une analyse historico-culturelle de l’Afrique pour justifier le discours de Dakar, prononcé il y a un an par Nicolas Sarkozy. Ce discours avait provoqué un tollé presque général, certains y voyant des relents racistes. Pour être honnête, je ne le pense pas, mais y vois plus maladresse et méconnaissance de la pensée africaine. Plus précisément un entêtement à ne vouloir considérer les valeurs de l’Occident comme étant les seules susceptibles d’être porteuses d’espoir et d’avenir.

 

Il n’empêche qu’à trop vouloir se justifier, H. Guaino continue de s’embourber dans le sable spongieux de sa vision du monde, restreinte et uniquement préoccupée d’évolutions technologiques, de commerce, de domination, de progrès. Entendre que “l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire”, ce n’est pas, comme l’explique l’exégète de son propre texte cherchant à fausser les pistes, imaginer que les peuples d’Afrique n’ont pas d’histoire; on l’a parfaitement compris; il ne viendrait à l’esprit de personne d’en faire l’analyse décrite par le conseiller du président, essayant de nous rouler dans la farine, et de se dire que nous seuls avons une histoire. C’est nous prendre pour des imbéciles. Cette phrase veut bien dire ce qu’elle suggère, à savoir que l’Afrique n’a pas suivi le même chemin que d’autres pour s’approprier l’univers, ces autres qui ont investi l’Afrique au nom de bons sentiments, en réalité par esprit de conquête et de lucre. Oser affirmer que l’idéologie du progrès est propre à l’héritage des Lumières c’est quand même sous-entendre une indéniable supériorité vis à vis de ceux dont on suggère qu’ils n’en furent pas capables, tout autant que la jeunesse à qui ce discours semblait s’adresser, ces “héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le coeur et dans l’âme de l’Afrique”, la liberté, la justice, la démocratie, l’égalité.

 

Parce que l’Afrique avait besoin de nous pour connaître la liberté, la justice, la démocratie, l’égalité? Nous qui n’avons su qu’apporter l’inverse! Mais l’Afrique avait, et à aussi ces valeurs, propres à ses diverses civilisations ou communautés et je ne vois pas en quoi les nôtres devraient avoir prééminence sur les siennes, à moins de vouloir araser toute différence, toute distinction, toute particularité au nom de ce qu’enfin dévoile Henri Guaino, l’Eurafrique et l’Union pour la Méditerranée. Que cette Union soit bénéfique pour tous, je n’en disconviens pas, à l’unique condition du respect des cultures.

 

Or, préciser que “la réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes”, c’est vouloir précisément imposer les nôtres et faire en sorte que l’homme africain devienne un clone de l’homme occidental, malléable, exploitable, corvéable et à l’avenir incertain pour le plus grand profit des rapaces que nous sommes.

 

Ce qu’ignore sans doute volontairement le thuriféraire nouveau de l’Afrique, c’est que la façon de vivre et de penser des peuples dépend de multiples facteurs, au premier rang desquels se placent le climat, l’environnement qui ont fait que les hommes ont adapté à ces contraintes leur culture, leur philosophie, leur vision du monde et de l’avenir. Une civilisation n’est durable que parce qu’elle est osmose avec le lieu où elle émerge.

 

Ce qu’il ignore aussi -mais le peut-il véritablement?- c’est la chape d’or, le couvercle d’argent qu’à su mettre sur ce continent, pour mieux l’étouffer, le monde occidental. Il y a quelques mois j’évoquais un film splendide où tout est dit sur le sujet: “Bamako”. Je conseille vivement à Henri Guaino de le visionner, ce qui peut-être lui évitera d’écrire que “parmi les colons, il y avait aussi des hommes de bonnes volonté (…) qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles (…)”.

 

Il y a surtout que l’Afrique ne demandait rien, qu’à vivre selon ses traditions, et que nous sommes venus pour lui imposer notre volonté, provoquant ce séisme dont elle ne se remet pas, lui réclamant un dû qu’elle rembourse à en devenir exsangue, cette dette qui la ronge et anéantit tout projet d’avenir.

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Un commentaire pour “L’africain, selon H. Guaino.”

  • prospero dit :

    Bonjour, Henri Guaino ne fait que calquer sur les africains ce que l’on disait des paysans lors de la révolution industrielle. C’est ridicule. Je me suis intéressé également à lui dans mon blog. Quant au colonialisme, comme le disait germaine Tillion, même quand il faisait “le bien” (routes,vaccinations…) il provoquait des malheurs car le système était par nature mauvais (exode, surpopulation…).

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