Tout le monde n’est pas en vacances.
Passant devant un poste de télé, j’aperçus le visage de Séguéla s’animant sur un fond de bouteilles minérales. Je m’arrêtai quelques secondes, non pas écouter ce que racontait le publiciste, ce devait être sans intérêt comme à l’accoutumée, mais pour regarder le fond d’écran qui me fit m’interroger sur la position de mes lunettes. Les avais-je mises dans le bon sens? Je vivais un grand moment d’absurdité: le film était diffusé à l’envers afin que les marques ne fussent lisibles! J’abordais en un instant sur la plage de la stupidité où se prélassent les obsédés du bien-penser, ces nouveaux héros dont Kafka se serait amusé à décrire leur vision, qui n’est même pas surréaliste, exiguë.
Exiguë également l’intelligence des analystes sévissant fumeusement et dorénavant un peu partout au nom de l’atteinte à la santé morale et physique des ouailles que nous sommes, bon gré mal gré, devenues. Gageons que demain ils ne se nomment plus censeurs, mais directeurs de conscience, avec l’orgueil d’un shadock émoustillé, nouvellement promu au gardiennage de la pompe. L’autre jour, reprenant ma barque abandonnée quelque temps, je ramais vers Dailymotion pour revoir les vidéos que j’avais sélectionnées. Cinq d’entre elles avaient le même thème; l’une concernait la totalité de “l’interview du professeur Molinard”, intitulée ainsi, les quatre autres l’identique parole découpée en tranches, appelées “le tabagisme passif”. La première était visible, les autres censurées. Est-il besoin de commenter la profondeur de l’esprit à l’origine de cette salutaire distinction?
Exiguë encore la démarche de policiers et juge, arrêtant ce couple équatorien venu de Belgique passer quelques jours de vacances en France avec leur fille, d’origine belge, parfaitement en règle. Suspicieux au possible, nos pandores nationaux se sont mis à sept autour de leur véhicule, du côté de Cherbourg, pour les contrôler, les arrêter et les déférer devant un juge qui les a mis, sans autre forme de procès, en rétention, après leur garde-à-vue. Ils ont été traités, à leurs dires, comme des délinquants et des criminels. Ils ont vécu l’enfer. Ils seront renvoyés de force dans leur pays, aux frais du contribuable bien sûr, traumatisés, alors qu’ils devaient y retourner tout naturellement après leurs vacances. Ce séjour inoubliable est décrit dans le catalogue du contre-journal de Libé. Pour son tarif, s’adresser au ministère de Monsieur Hortefeux; le prix des cartes postales n’est pas inclus dans la pension complète.
A tous les vacanciers de la planète, soyez prudent si vous allez à l’étranger.

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