Obtenir un prix littéraire, c’est bien sûr une récompense, mais avant tout une reconnaissance de la part de ses pairs ou de ses lecteurs, selon ceux qui le décernent. Le Nobel c’est autre chose, c’est la révérence, la prosternation du monde envers celui ou celle qui sut, par son travail et son talent, offrir à l’humanité une part de lui-même, le rêve qui se prolonge au travers de ses mots. Au-delà d’une consécration, cette banalité ressassée, cet enterrement du vivant, cette agonie qui débute, le Nobel est la marque de l’émerveillement, de l’admiration, de la préférence, de l’estime.
Depuis sa création en 1901, rares furent les piliers de notre littérature, pourtant si riche et si féconde, à venir enrichir ce naos. Et pourtant, tout débuta dans l’extase puisque ce fut un poète, Sully Prud’homme, qui obtint le premier Nobel de littérature. Puis ce furent Mistral et Romain Rolland, Anatole France dont la langue est une source claire, Bergson et Roger Martin du Gard qu’il faut lire, absolument, pour savoir vraiment ce que c’est qu’écrire, Gide et Mauriac, mes premières lectures, mes premiers livres, sans aucun doute mes premiers frissons, mes primes tourments; vint ensuite Camus qui sut m’apprendre à m’interroger puis St-John Perse, un autre poète, enfin, aux vers amples et souples comme une danse marine. Sartre, dont je ne comprends toujours pas le refus, le Nobel n’étant pas une consécration, un hommage, mais un salut fraternel, Sartre qui m’apprit certainement avec quelques autres à me révolter. Puis il fallut attendre une vingtaine d’années, à croire que la littérature française n’existait plus, déclinait, sombrait dans le néant du banal, pataugeait dans une recherche incertaine d’identité. Et pourtant! Oeuvraient dans cette ombre quelques intransigeants du langage dont Claude Simon, parfois difficile à lire tant se mêle, s’entrechoque son vécu à son imaginaire. Quinze ans encore avant que ne fut décerné le prix à Gao Xingjian, dont, à ma honte infinie, j’avoue n’avoir rien lu de lui mais sachant tout de même qu’il quitta sa Chine natale après y avoir connu la prison à cause que sa pensée était jugée subversive et trop libre.
Et aujourd’hui Le Clézio, dont la vie est un voyage et l’on sait bien que tous les voyageurs, les vrais, ont un coeur aussi grand que l’Océan où se croisent tous les peuples du monde.
Une amie me disait l’autre jour, bien avant que son nom circulât pour le Nobel, qu’il était son écrivain préféré. Comme elle avait raison.
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alain guillaume dit :
roulette un peu etrange ce Nobel quand meme,un jour elle s\’arrête sur un auteur hypra confidentiel ,labirynthique,tortueux,secret,decourageant parfois,enfin absolument pas universel comme Simon et quand elle en retient un ,toujours selon ces critères d\’\”universalité\”,ele s\’arrête sur Le Clezio qui avait du nerf a ses debuts (le procès-verbal,guerre ect)dans la dissertation philosophique.Or,abandonnant la philo pour ladite littérature,Le Clezio s\’avère alors dans ce domaine un ecrivain sans style,plat,un vrai jus de navet,du \”propre sur lui\” soporiphique,sans aucune musique…
petite mauve dit :
Gao Xin jiang (orthographe ?), lire absolument La montagne de l\’âme
De Le clezio je n\’ai lu que Désert, un monde, une somme …
(nullement assomant)
mais à chacun ses goûts et sensibilités…
angoustrine dit :
et dire qu’il m’a envoyé une carte postale, le Clézio, c’était en 1970, et que je n’ai sais plus où je l’ai mise…
petite mauve dit :
beau-dais, retrouves là, elle vaut de l’or !!!
chercheur d’or…
mais tu dors !
alain guillaume dit :
me semble que Michel Tournier aurait pu être listable,enfin du remps de “vendredi”…
Patrick PIKE dit :
Je ne suis pas sûr d’être entièrement d’accord avec votre analyse Alain, d’autant que le succès est venu avec sa seconde période. Vous me direz que le succès n’est pas un critère de qualité, mais de là à dire qu’il est plat et soporifique me semble exagéré. Quant aux autres éventuellement nobélisables, moi j’aurais bien imaginé Edouard Glissant, dont la prose est autrement plus riche que celle de Tournier.
Petitemauve, promis je lirai Gao Xingjian.
Dis-moi mon âne, on t’écrit et tu ne conserves rien? Lui as-tu au moins répondu?
aguillaume dit :
certes,je grossis un peu/beaucoup,c’était juste histoire d’animer le “topic”…pour Glissant je suis d’accord,quant a Xingjian faut que je trouve le courage,parce qu’affronter cinq six cents pages…et je sens mes forces de concentration decliner.Que voulez-vous quant on est entré en automne,il reste peu de temps a perdre,c’est pourquoi il me faut des choses directes et cursives,du Calet,du Blondin(que je relirais bien pour la quatrieme fois rien que pour en avoir le coeur net),des chevaux legers quoi…
petite mauve dit :
une petit morceau chaque soir et c’est rien à lire
même que le matin il me tardait d’être au soir pour poursuivre….
c’est vari que les “pavés” ne me font pas peur, 500, 600 voire 700 pages !
quand on aime on compte pas
en même temps, c’est tendance asiatique donc lent et ça ne plaît pas à tous, à moi, oui
(la culture chinoise me plaît, l’ancienne, la littérature, érotique et autre, la poésie, réminiscences d’études de la langue ?…)
angoustrine dit :
oui, Patrick, j’ai répondu, bien sûr…et oui, ma mauviette, je dors: Jean-Marie-Gustave, lorsqu’il m’écrivit, était déjà ce qu’il est, mais restait à l’écart de toute lumière pioplette
angoustrine dit :
et puis, tiens, Nobel pour Nobel, moi, l’âne, j’aurais choisi un duo: Jean -Marie-Gustave bien sûr, et Paasilinna le finnois(finaud, pourrait dire notre mauviette…)
alain guillaume dit :
si,le dernier c’était “les bienveillantes”,ca m’a tenu une bonne semaine ,chaque fois tard dans la nuit…mais dès que ça commence au passé simple genre,”comme a son habitude le commissaire Machin s’arrêtait au bar situé juste en face du parking…”,là,no way!