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du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

Une histoire d’amour.

C’est une histoire d’amour, une de plus à faire malheureusement la une des journaux. Je dis malheureusement car la plupart de ceux qui jugent et s’offusquent ont oublié le temps de leur jeunesse, tout se passant comme si, un jour –mais lequel ?- ils ont basculé, au sommet de la côte, pour s’en aller rejoindre le rivage des brumes.
Il y a des jours ainsi où je crois fermement que, malgré tout, je n’aurais jamais pu devenir procureur, tant il y faut faire abstraction de toute sa mémoire, sa sensibilité et ne regarder qu’un petit livre rouge où s’inscrivent les lois, en lettres capitales, celles du code et non du cœur.
L’histoire d’amour s’est enflammée à Guingamp, elle s’est jugée au tribunal de la ville.
Il avait quarante ans, elle en avait quinze. Il était son professeur de français, elle était son élève. Ils se rencontrèrent, ils s’aimèrent. Il y a trois années de cela. Il y a d’abord eu admiration intellectuelle, puis affection. A quinze ans, c’est l’âge où l’on recherche son identité, son indépendance, un autre univers que celui oppressant, pesant de sa famille. Le monde s’ouvre à vous en même temps que la découverte des premiers romans, des premiers vers. Le romantisme n’est pas mort et brûle toujours le cœur des adolescents. Alors quoi de plus humain que de reporter cet amour défaillant vers celui qui vous en parle au travers les œuvres romanesques et dont la quarantaine toute fraîche est gage de solidité, de savoir et d’expérience ? A la fois père et amant.
Celui ou celle d’ailleurs, souvenez-vous de Gabrielle Russier, ce professeur qu’aima son élève, Christian, et qui se suicidera en 1969 après avoir été condamnée pour cet amour partagé.
Rien de tel aujourd’hui, puisque le professeur de Guingamp a été relaxé malgré la réquisition du procureur, réclamant un an d’emprisonnement, cette histoire n’étant pas celle de Roméo et Juliette.
Mais non, madame le procureur, ne restons pas basiques, comme vous le demandâtes. Toutes les histoires d’amour sont celles de Roméo et Juliette, à tout le moins dans leur ébauche sinon –que Cupidon protège tous les amants de la terre- dans leur conclusion tragique.
Mais plutôt que de vous dire ce que peuvent éprouver deux êtres quand un amour interdit –mais interdit par qui ? Les lois ? La morale ? Les us ? Certes pas par cette loi irrépressible, inextinguible que Jean Louis Bory comparait à la recherche de sa moitié d’orange, celle de la nature- quand donc l’amour frappe à leur porte, plutôt que de raisonner et de m’interroger si un enseignant se doit ou non de rester insensible eu égard à ses responsabilités, je vous conterai l’histoire d’une de mes collaboratrices d’un temps lointain et révolu, qui s’étant mariée très jeune fut heureuse, très heureuse, et enfanta d’un homme de trente huit ans son aîné. Même si, me disait-elle un jour que nous discutâmes, l’ardeur et la romance du début s’étaient peu à peu transformées en douceur. Mais n’est-ce pas aussi le tomber de rideau d’une multitude de couples ?
Ses parents n’étaient pas Capulet et aucun prince ne devait bannir son Roméo.
Mais les princes de nos jours s’appuient sur le code. Le parquet a décidé de faire appel de la relaxe. L’amour toujours suscitera le ressentiment dans nos esprits belliqueux.

Article Ouest-France: ICI

8 commentaires pour “Une histoire d’amour.”

  • angoustrine dit :

    et toujours les cafards qui rôdent, près à tout pour manger quelques excréments…ta vigilance est sans défaut, Patrick: tu lis tout?

  • Patrick PIKE dit :

    J’aimerais bien mon angous, mais le temps me fait parfois (souvent) défaut. Alors je parcours et ne m’arrête que sur ce qui me bouleverse, me questionne ou m’apostrophe.

  • amb55 dit :

    Merci Patrick pour ce post.

  • angoustrine dit :

    il y a un livre de Silverberg, Patrick, que j’ai lu en épisodes il y a des lustres dans Galaxie, il se titrait ROUM, PERRIS, JORSLEM; m’en souvenant, j’ai parfois l’espérance qu’on ait un eu ( un tout petit peu) ces veilleurs évoqués par Silverberg…quelle vanité, toujours, n’est-ce pas? BQM.

  • Patrick PIKE dit :

    Je ne connais pas ce livre angoustrine. Je lis très peu de S-F. Si mon enquête est bonne, le roman s’intitule “Les ailes de la nuit”. Veilleurs? Pourquoi pas. Ce n’est pas vanité mon âne, mais bien plutôt lucidité d’un regard critique. BQM.

  • kohnlili dit :

    Merci pour ce rayon de soleil.

  • petite mauve dit :

    faire appel de la relaxe !

    attristant affligeant,

    de quel droit juge t on des êtres consentants ?

    mourir d’aimer c’est aussi possible, Gabrielle Russier a trinqué en son temps

    on voit bien que nous n’évoluons pas…

    belle histoire Patrick que celle de ta connaissance

    oui l’âge, les différences ne font rien à l’affaire

    l’amour c’est ailleurs, autre chose, c’est là, comme en photographie, et pas forcément où on l’attendrait, où il devrait être…

    merci pour ces (petits) moments de lucidité

  • chineseman dit :

    hi…

    super!…

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