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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

Petit conte érotique.

Dans le train corail qui l’emmenait de Bordeaux à Montpellier, il s’était assis au creux d’un fauteuil spacieux de velours rouge des premières, dans le sens de la marche au fond du wagon. Dès qu’il s’était installé, dépliant le Sud-Ouest du jour, il l’avait vue, frêle silhouette en tailleur gris, le regard absorbé par le va et vient incessant des passagers sur le quai, son visage sans maquillage aussi opalescent que la peau de ses jambes qu’elle avait su croiser dans ce geste qui l’avait ému, relevant délicatement le bas de sa jupe pour laisser entrevoir une cuisse parfaite et qu’il fixait désormais, balise du plongeur en apnée. Elle était assise à quelques sièges, en diagonale, face à lui de l’autre côté du passage. Deux ou trois couples bavardaient, disséminés dans le silence feutré du wagon. Il ne la quittait plus des yeux, le journal abandonné sur les genoux, espérant qu’elle tourne enfin son visage vers lui pour mieux contempler ce fragment lunaire où il aurait aimé alunir. Elle regardait toujours le paysage qui commençait à défiler, le corail s’éloignant de la gare Saint-jean, mais il devina, au jeu de son pied qu’elle sortait, en alternance du balancement de sa jambe, de son escarpin noir découvrant un talon lisse comme un savon parfumé, qu’elle savait qu’il la déshabillait.

Le voyage se poursuivait dans le roulis monotone des roues hoquetant sur les rails. Il avait repris la lecture du journal, puis abandonné, levant par instant les yeux vers elle. Un moment leurs regards se métissèrent, quelques secondes, une éternité, se fixant mutuellement pour se détourner et revenir. Le sifflement du train, aux abords d’un passage à niveau ou d’une gare, estompa ce nuage d’espérance fugace. De sa serviette de cuir il sortit quelques documents qu’il annota fiévreusement. Il écoutait les chiffres parler d’eux-mêmes, lorsqu’une voix douce multiplia les pourcentages qu’il alignait. Elle était à ses côtés lui demandant s’il n’avait pas un stylo à lui prêter. Ce qu’il fit volontiers, lui offrant en prime un sourire de vélin blanc. La regardant s’éloigner et ses pupilles palpant la rondeur de ses fesses que moulaient sa jupe étroite, il alluma une cigarette, cet anxiolytique alors permis et délivré sans prescription.

Elle revint quelques minutes plus tard, rapportant le stylo, sur lequel était roulé un morceau de papier, qu’elle posa sur la tablette du fauteuil. L’écriture était fine mais irrégulière, le roulis du train y étant pour plus que l’émotion qu’elle avait pu ressentir à écrire les mots qu’il contenait.

“Ne me regardez pas dans les yeux; ne regardez que ma main qui va me faire jouir; j’aime qu’on me voit jouir; j’aime exciter des hommes comme vous, que je ne connais pas, qui me plaisent; mais ne me regardez pas dans les yeux; regardez que mon corps; moi je vous regarderai.”

Longtemps il garda dans sa serviette de cuir ce petit mot d’abandon d’une femme sans tabous. Puis sans doute s’envola-t-il avec d’autres papiers au hasard des documents qu’on rejette.

Elle s’était enfoncée dans le nid douillet de velours rouge, le regard le scrutant dans l’attente que ses paupières s’abaissent vers le haut de ses jambes qu’elle étendait lentement. Puis sa main glissa le long de son corps, caressant sa poitrine, son ventre et se posant sur la jupe au niveau de son sexe. Ecartant ensuite légèrement les cuisses, la jupe se relevant au dessus des genoux, elle passa la main sous la serge grise et commença ce mélodieux mouvement de va et vient dont il devinait seulement le tempo mais constatait le crescendo dans l’étirement et le repli des jambes, le bombement du ventre et la crispation du corps. Il aperçut la finesse blanche d’une dentelle, disparaissant subitement lorsque son regard croisa le sien alors que le train s’époumonait en sifflant, crissant, hurlant et fumant en traversant une gare d’où quelques enfants levaient les bras.

Elle cessa et tourna son visage vers la vitre, l’incarnat du plaisir modelant son lavis sur ses joues.

Puis elle se leva, se dirigea vers la porte vitrée du wagon qu’elle ouvrit pour se tenir debout sur la platte-forme et fumer. Il la suivit. Ils s’embrassèrent sans se préoccuper de savoir si les autres passagers pouvaient les voir. Elle se serra contre lui à sentir son sexe se dresser, hampe dans la tempête. “Caresse-moi les fesses” lui dit-elle. “Serre-les fort dans tes mains. J’aime sentir des mains d’homme sur mon corps. J’aime échauffer un homme, l’exciter”. Il s’accomplit dans cette tâche, sans rechigner, sans atermoiement, touchant enfin ce corps qu’il savait ferme et tendu. Leurs langues se liaient, rageusement, goulûment. “Mets ta main sous ma jupe, et prends mes fesses, serre-les”. Ce qu’il fit en se baissant vers elle, touchant sa cuisse, remontant le long jusqu’au pli de la fesse qu’il palpa délicieusement. “Veux-tu que nous allions dans les toilettes?” susurra-t-il laconiquement. Elle refusa, les caresses étant pour elle l’étape de la découverte. Elle voulait savoir ce qu’il valait, le jauger, l’apprécier. Ils continuèrent longtemps cette palpation du corps, ce cheminement anatomique, de la nuque au dos, des seins au ventre, du sexe où il s’attarda la faisant jouir une seconde fois, son corps se dépliant entre ses bras. De sa langue à ses fesses, il n’y eut que le pied qu’il ne sut atteindre, le regrettant par la suite car il le savait menu et aux doigts soignés mais nerveux. Jusqu’à Toulouse, où l’arrêt se prolongeant vit le wagon s’investir de bagages nouveaux.

Ils regagnèrent leurs places, mais elle vint s’installer peu de temps après dans le siège à côté du sien. Ils continuèrent à se caresser épisodiquement et calmement. Elle dévoila quelques bribes de sa vie. Elle revenait de quelques jours de vacances sur la côte royannaise où son mari -car elle était mariée- et elle possédaient une villa. Elle aimait son mari, et pour rien au monde ne l’aurait quitté. Mais il lui fallait plus. Elle aimait le contact de sa chair sur la chair des hommes. C’était ainsi, et ne luttait contre. Il ne sut pas si elle le lui avait avoué. Elle lui donna son nom, il ne le retint pas. Elle lui indiqua le site de rencontre où elle était inscrite sur minitel. Il essaya bien, quelques jours plus tard, de se connecter mais n’y parvint pas. Peut-être un jour se reverraient-ils à Saint-Georges-de-Didonne.

Le contrôleur annonça l’arrivée à Montpellier. Le train pénétra sous le grand hall sombre de béton, puis stoppa dans le crissement du fer, le long des quais en sous-sol. Cette gare est triste comme un jour de novembre. Il la suivit dans les escaliers les menant vers la sortie, caressant du regard, une dernière fois sans doute, ces fesses qu’il aurait aimé étudié plus longuement. Ils ne se parlaient plus. Déjà elle s’en allait rejoindre celui qui l’attendait. Son chemin la mena vers l’hôtel où il descendait habituellement, et lorsqu’il s’arrêta devant la porte avant de la pousser, il espéra qu’elle se détourne un instant pour lui dire au-revoir, et peut-être, qui sait, la voir revenir ce soir. Elle marchait indifférente, son sac de voyage si lourd dans sa main frêle.

Les faucheurs glanent les ennuis.

thetriumphofdeath.jpg“Le triomphe de la Mort” (détail)
                                                                                       Bruegel l’Ancien (XVI e siècle)


Aujourd’hui à Bordeaux s’ouvrira le procès des militants anti-OGM qui avaient détruit le silo d’un exploitant. L’ardeur des faucheurs, qui se jour-là avaient remisé leurs faux pour un mélange d’eau et de brou de noix, était telle, qu’ils s’attirèrent les foudres que je dirai légitimes, au risque de me faire foudroyer moi-même, de l’exploitant, les chassant comme des malfrats -ce à quoi ils s’apparentaient- à coups de fusil tirés en l’air.


Très franchement, voyant débarquer chez moi une bande d’olibrius animée de pareille intention, venant détruire ce qu’ils estiment, au nom de leur seul point de vue, néfaste, je crois que la colère me serait mauvaise conseillère, et protégeant mon bien, de mon seul point de vue l’estimant propice, je ne m’armerai pas de ma seule patience légendaire.

Au nom de quoi se permet-on désormais d’imposer sa loi? Au nom de quoi se décrète-t-on détenteur de la vérité? Au nom de quoi s’érige-t-on en modèle de la désobéissance? En vérité d’ailleurs, j’aime bien l’insoumission, mais pour moi-même, chez moi et sans importuner quiconque.  Viendrait-il à l’esprit d’un pro-OGM d’aller détruire les véhicules et les faux de ces justiciers en herbe, au seul constat que ces objets sont néfastes pour lui? A moins que ces véhicules et ces faux se trouvassent, sans y être autorisés, sur sa propriété, bien sûr.

Si l’on faisait subir les mêmes avanies au fumeur de pipe et ses comparses, en débarquant chez eux pour détruire les élevages de brebis parce qu’ils polluent l’air alentour, nul doute qu’ils sortiraient leurs faux pour un autre usage moins bucolique que la moisson.

Mais j’y pense, à propos de faux, quel est le personnage toujours représenté, dans la mythologie populaire, avec cet instrument agricole négligemment posé sur l’épaule?

27 août 2008 - 5 commentaires
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LES ROCADES BORDELAISES

Amis Bordelais j’ai traversé votre superbe pont d’Aquitaine aujourd’hui, puis j’ai poursuivi ma route sur la rocade vers Mérignac.



J’aimerais vous poser une question. Quelle est la sommité de votre agglomération, nourrie d’équations à s’en faire une tumeur cérébrale, qui a eu les lumineuses idées clignotant sur son arbre rachidien comme sur un épicéa de Noël, de vous installer:



1) un radar tout en bas du pont, 1 km après le panneau, à la fin d’une descente telle que l’on est obligé de freiner constamment et fortement pour respecter les 70 km/h à faire bouillir un boeuf bourguignon si on pose la casserole sur les disques? (alors que le pont élargi a 6 voies)



2) une limitation de vitesse sur les quatre voies de la rocade à 90 km/h, alors qu’il y a peu c’était encore 110?



J’ai tenté, et réussi à force d’attention forcenée sur mon compteur, au détriment du reste, à respecter les 2 vitesses préconisées. Parfois quand même j’avais quelques appels de phares dans mon rétroviseur, ou des engins filant d’une façon normale et sans danger, me doublant.



Si l’un ou l’une d’entre vous pouvait me répondre, j’en serais fort aise et me permettrait d’écrire à ce génie pour le féliciter de son commencement d’action touchant à la sécurité, lui préconisant au surplus de poursuivre dans cette voie et de vérifier encore une fois le résultat de ses équations.



A mon avis il peut encore améliorer le système: je connais des rocades à quatre voies limitées à 50 km/h (Niort par ex) où la gent policière se pourlèche les calepins, des avenues longues et droites limitées à 30 km/h (La Rochelle) sur 2 km, vitesse qu’on ne peut respecter qu’en descendant de voiture et la pousser.



Tous ces génies me fascinent et je voudrais leur suggérer une solution plus rationnelle: l’interdiction définitive de rouler même quand ça ne présente aucun danger.

Ailleurs, qu’ils installent des espèces de chicanes en travers des routes et des rues afin que les automobilistes jouent au gymkhana.



Enfin on pourra rouler lentement tout en s’amusant sans être obsédé par un compteur dont l’aiguille a une faiblesse pour se déplacer vers la droite dès qu’on ne l’observe plus.

30 décembre 2007 - Aucun commentaire
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