“Closer” et “Voici”, ces deux chefs d’œuvre de la pertinence journalistique destinés aux quotients intellectuels visibles uniquement sous microscope, publient des photos de Royal en compagnie d’un humoriste, les pourléchant de sous-entendus propres à combler le vide sidéral de cerveaux en attente de finition.
Chacun ayant compris que je ne suis pas en admiration béate devant la prétendante à la direction du parti socialiste par tiers interposé, ne m’ayant jamais convaincu de la valeur de ses idées, avançant par à-coups au gré d’illuminations plus ou moins crédibles, pour ne pas dire risibles comme l’annonce racoleuse d’un remboursement d’adhésion, éclose sous la chaleur artificielle des projecteurs, je n’éprouve aucune contrainte à m’insurger contre ces folliculaires s’en prenant à sa vie privée. Ils sont à la presse ce que sont les torchons en cuisine, ne servant qu’à essuyer les mains ou les fourneaux. Maculés de résidus graisseux, ils s’usent plus rapidement que le linge fin des tables, terminant précocement leur histoire dans les poubelles des rebuts.
Dans l’épisode stupide des poupées vaudou, Ségolène Royal a réagi sereinement, par le rire et le dédain. Je ne sais pas si son attitude sera identique face à ce déballage de camelots mercantiles, attentant à la vie privée des gens sans aucune pudeur ou considération, mais ce que je sais c’est qu’il serait nécessaire que plus personne n’achetât ces gâchis de papier. Espoir vain sans aucun doute, tant les bas instincts de nos contemporains les font se précipiter vers les flux ouverts des vannes alimentant la curiosité malsaine, comme des éponges desséchées avides de liquide.
Car c’est sur ce ressort-là que viennent se reposer les voyeurs de la presse dite people. Au prétexte de diffuser des informations, ils satisfont le désir érectile du bon peuple de savoir toujours plus sur l’intime des autres. Ils prennent le relais de la concierge des immeubles cossus d’autrefois qui racontait aux résidants les aventures des voisins, quand ce n’était pas à la police, oubliant eux-mêmes qu’ils en étaient également les victimes. Aimerait-il, le bon peuple, qu’on le photographiât aux côtés de celui ou celle avec qui il partage quelques moments de bonheur? Sans doute n’apprécierait-il pas, et cependant il dévore comme une friandise ces ragots apportés sur le plateau de l’inélégance, sans vergogne, avec l’appétit d’un prédateur immature se nourrissant des régurgitations de la mère revenue de la chasse.
Mais au-delà de cette presse papier, et comprenant l’intérêt dont ils peuvent bénéficier en terme d’audience, d’autres acteurs veulent entrer sur la piste du cirque. Tels les promoteurs de l’émission télévisée “Les infiltrés”, qui, avec leur caméra cachée, ne pratiquent pas autrement que les voyeurs tapis dans l’ombre. Ce sont aussi des images volées pour satisfaire l’appétit de la curiosité.
Et qui a vu verra, car dans cette négation du reportage, il ne s’agit plus des stars de la société -encore que, sait-on jamais- qui sont livrées en pâture, mais tout un chacun, au hasard de la cible.
Comprendra-t-il enfin le curieux d’hier devenu curiosité?
"Une maniere de gent sont
qui d'estre loial samblant font
et de si bien conseil celer
qu'il se covient en eus fier;"
La Chastelaine de Vergi (XIII e siècle)