LE PRESIDENT AU SALON DE L’AGRICULTURE.
Va-t-on retrouver nos repères?
On a toujours un penchant pour la nostalgie. Le souvenir embellit le passé et nul ne regarde derrière soi sans une arrière-pensée un brin mélancolique.
Le salon de l’agriculture fait partie de ces institutions qui plonge un peuple, autrefois à prédominance agricole, vers les délices du terroir, ses souvenirs d’enfance s’extasiant devant une vache broutant paisiblement, ses odeurs de foin coupé, ses blés blonds et mûrs ou ses grappes de raisin barbouillant un visage.
Personne ne reste insensible devant un sourire lumineux comme un soleil de printemps, d’une grand-mère rapportant du potager quelques légumes qu’on mangera le soir d’un appétit gargantuesque après les jeux dans le verger ou sur les bottes de paille.
Qu’il doit être triste celui qui n’a pas souvenir d’une tranche de pain recouverte du pâté ou de la confiture, étalés sans parcimonie pour assouvir cette envie du quatre heures.
Et cette chaleur du soir, dans l’étable éclairée modestement où l’on venait traire à la main et boire sans crainte un lait presque chaud dont la crème épaisse, saupoudrée de sucre faisait le délice du matin.
Ce sont toutes ces images, ces parfums aux arômes multiples, ces bruits de basse-cour, de voix qui chantaient au loin vers la forêt, du feu qui crépitait l’hiver ou de la fraîcheur d’un ruisseau l’été, des cerisiers en fleurs, de l’odeur de lessive et celle des conserves, tout cet univers paysan sans lequel nous n’aurions pu subsister qui vous revient à la mémoire comme une source où se désaltérer.
Cette nostalgie qui nous assaille, sans doute a-t-elle conduit ce promeneur habituel le long des stands du salon, s’arrêtant là pour bavarder avec les uns, grignoter peut-être un toast de foie gras des Landes, caresser le col d’un bovin impavide, dégustant ici un verre de Bordeaux, rire d’un bon mot, saluer un ami, faire une moue dubitative au regard d’un objet, embrasser un enfant, s’émerveillant d’un taureau ou buvant encore une bière d’Alsace. Vivre en un mot cette fraternité rurale, loin des compromissions, des coups bas, des insultes, des rumeurs, des strass et des paillettes.
Dans les allées nourricières d’une France en réduction, un homme s’est promené, tel un paysan sur ses terres, arpentant son domaine où longtemps il régna, populaire et heureux parmi les siens.
C’était Jacques Chirac en visite amicale au salon de l’agriculture où l’accueillirent, le temps d’un long parcours, avec chaleur et bienveillance, les fermiers de France.
