Les faucheurs glanent les ennuis.
“Le triomphe de la Mort” (détail)
Bruegel l’Ancien (XVI e siècle)
Aujourd’hui à Bordeaux s’ouvrira le procès des militants anti-OGM qui avaient détruit le silo d’un exploitant. L’ardeur des faucheurs, qui se jour-là avaient remisé leurs faux pour un mélange d’eau et de brou de noix, était telle, qu’ils s’attirèrent les foudres que je dirai légitimes, au risque de me faire foudroyer moi-même, de l’exploitant, les chassant comme des malfrats -ce à quoi ils s’apparentaient- à coups de fusil tirés en l’air.
Très franchement, voyant débarquer chez moi une bande d’olibrius animée de pareille intention, venant détruire ce qu’ils estiment, au nom de leur seul point de vue, néfaste, je crois que la colère me serait mauvaise conseillère, et protégeant mon bien, de mon seul point de vue l’estimant propice, je ne m’armerai pas de ma seule patience légendaire.
Au nom de quoi se permet-on désormais d’imposer sa loi? Au nom de quoi se décrète-t-on détenteur de la vérité? Au nom de quoi s’érige-t-on en modèle de la désobéissance? En vérité d’ailleurs, j’aime bien l’insoumission, mais pour moi-même, chez moi et sans importuner quiconque. Viendrait-il à l’esprit d’un pro-OGM d’aller détruire les véhicules et les faux de ces justiciers en herbe, au seul constat que ces objets sont néfastes pour lui? A moins que ces véhicules et ces faux se trouvassent, sans y être autorisés, sur sa propriété, bien sûr.
Si l’on faisait subir les mêmes avanies au fumeur de pipe et ses comparses, en débarquant chez eux pour détruire les élevages de brebis parce qu’ils polluent l’air alentour, nul doute qu’ils sortiraient leurs faux pour un autre usage moins bucolique que la moisson.
Mais j’y pense, à propos de faux, quel est le personnage toujours représenté, dans la mythologie populaire, avec cet instrument agricole négligemment posé sur l’épaule?
