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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Il sera toujours préférable d’être un petit soleil qu’un gros satellite.

LE VOYAGE EN EGYPTE.

img_1037.JPGJe reviens du Sinaï. J’en reparlerai plus longuement dans IN MEMORIAM, lorsque la fatigue et l’émotion se seront calmement apaisées. Mais je voulais vous donner la primeur de l’information.

Moments intenses de douleur et de fraternité, les neuf familles des victimes de l’accident du Twin-Otter survenu le 6 mai 2007 ont vécu cette commémoration avec courage et dignité. Malgré la distance, la mère du jeune canadien tombé avec ses huit camarades français pour le maintien de la paix dans le centre de cette Péninsule, était présente parmi nous. Cette mère force le respect. Après le décès de son mari, ses deux fils sont morts également, et pourtant elle eut pour chacun d’entre nous des mots de courage emplis de dignité et de force de vivre. Son compagnon, avec qui j’ai discuté, l’appelle “ma blonde”, et ce mot de tendresse typiquement canadien -souvenir peut-être de cette chanson “auprès de ma blonde”, je ne sais, ne lui ayant demandé- m’a profondément ému.

Le cabinet du Chef d’Etat-Major de l’Armée de l’Air avait préparé le voyage. Je voudrais ici rendre hommage à ceux qui l’organisèrent, moi qui ai tant de différends avec certains corps de cette arme. Aucun reproche ne peut être formulé. Il faut savoir aussi rendre justice quand elle le mérite. Je note également certains changements excessivement positifs quant à la façon d’être et notamment dans celle du nouveau patron de la FAP (Force Aérienne de Projection), le général Patrick ROUSSEAU, loin, très loin de cette attitude dédaigneuse si déplaisante. Il n’hésite pas, lui, à venir serrer la main d’un caporal. Ce geste simple est celle d’un chef, et croyez-moi, nulle arrière-pensée ne le dicte. On me répondra, c’est sa manière à lui; certes, mais encore fallait-il qu’il fût nommé.

Mais j’y reviendrai ultérieurement. Nous partîmes le 5 mai de nos différents domiciles pour être regroupés sur la base de Villacoublay et s’envoler dans l’aube naissante du 6 vers Al-Arish puis acheminés en bus sur la base de la MFO d’El-Gorah. En présence des troupes canadiennes et françaises, Hervé MORIN, Ministre de la défense, le général Stéphane ABRIAL, chef d’Etat-Major, ainsi que diverses personnalités dont l’Ambassadeur du Canada en Egypte, rendirent hommage aux disparus et à leurs familles. Lorsque fut dévoilée la stèle et que la sonnerie aux morts retentit sur le tarmac , que vous dire d’autre que cette émotion qui nous étreignait et ces larmes que le vent violent soufflant de la Méditerranée séchaient alors qu’elles coulaient aux souvenirs de ceux dont les noms resteraient gravés sur le marbre. Le ciel était bleu comme un océan de lavande.

Le lendemain nous reprîmes l’avion jusqu’à Taba, puis le bus encore pour ce coin de désert, ce carré de sable blanc où nous allâmes longuement errer, prier pour certains, s’agenouiller pour d’autres, déposer des roses blanches et pour tous pleurer une dernière fois sur ce lieu de mémoire que le soleil frappait en cette mi-journée de mercredi. Nous emportâmes tous un peu de cette terre; moi j’y déposais un peu de la mienne que je mêlais à celle de ces quelques bédouins venus, silencieux, des pauvres maisons toutes proches, nous contempler. Seuls témoins de ce drame, ces hommes nous regardaient avec pudeur et respect, fouiller leur sol à la recherche d’une réponse. Les seuls susceptibles de le faire n’étaient plus là, ne seraient jamais plus là, mais nous pensions tous que leur âme rôdait et nous enveloppait de leur présence.

Ce matin, de retour à Paris, nous nous séparâmes, tristes sans doute, pour regagner nos maisons silencieuses. Heureux cependant de pouvoir mettre une image tangible face à cette abstraction qui nous assaillait.

Derrière les sourires de façade à l’instant des au-revoir, sous les baisers échangés et les longues poignées de mains, la nostalgie nous étreignait. Nous n’étions plus qu’une seule famille.
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Sarkozy et les militaires décédés: 2 poids, 2 mesures!

MFO
Ce que j’ai à dire ce soir relève d’une épreuve ardue qui risque d’instaurer le malaise, tout au moins l’incompréhension et peut-être le discrédit à mon égard.

Comprenez-moi bien, il n’est pas dans mon intention de faire une quelconque comparaison entre la mort d’un soldat survenue dernièrement au Soudan et celles d’autres militaires.

La disparition d’un être cher et trop jeune est un événement si douloureux pour ses proches et tellement inacceptable, incompréhensible et aucunement dans l’ordre de la vie qu’il ne me vient même pas à l’esprit de hiérarchiser l’une ou les autres.

Je me bornerai donc aux faits, sans plus.

Gilles Polin avait 28 ans. Sergent chef au 1 er RPIMa déployé au Tchad dans le cadre de l’EUFOR, il est mort le 3 mars dernier sous les balles Soudanaises après une longue agonie, marchant plusieurs heures malgré sa blessure pour tenter de regagner sa base.

La cérémonie militaire de ses obsèques aura lieu mercredi après-midi à Bayonne.

Le président de la République sera présent accompagné des ministres de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires Etrangères ainsi que de Javier Solana.

Gilles Polin sera promu à titre posthume au grade d’adjudant.

Requiem aeternam Gilles, toi qui oeuvrais pour la paix et que tes parents sachent qu’ils sont mes frères en douleur.

Le 6 mai 2007, un petit avion de la MFO s’écrasait dans le centre du Sinaï. A son bord 8 militaires français et 1 canadien. Ils survolaient la Péninsule pour le respect de la paix entre l’Egypte et Israël. Ce 6 mai Nicolas Sarkozy était élu président de la République.

La cérémonie militaire des obsèques eut lieu le 18 mai à Mont de Marsan. Ce jour-là devait avoir lieu le premier conseil des ministres, mais à l’heure où la sonnerie aux morts retentissait sur le tarmac de la base, Nicolas Sarkozy mangeait des frites à Toulouse, à 20 minutes d’avion, dans les hangars d’Airbus.

Il ne daigna pas venir à nous.

Seul le chef d’Etat-Major des Armées représentait le gouvernement.

Aucun de ces militaires ne fut promu au grade supérieur. Ce n’est pas la coutume me répondit-on.

Dans l’un de ces neuf cercueils il y avait mon fils, l’un des deux pilotes.

Requiescant in pace!

 

Si j’ai écrit ce billet, ce n’est pas tant pour moi ou pour mon fils Guillaume, il se moquait des honneurs tout autant qu’ils me sont indifférents, il n’aimait que piloter comme son frère aîné, mais uniquement pour ses camarades dont les épouses auraient pu profiter d’une promotion posthume.
Quant à N. Sarkozy, qu’on le veuille ou non il est le représentant du peuple et chef des armées. A ce titre il était de son devoir de leur rendre hommage, comme il le fait pour Gilles. Il a préféré ce 18 mai 2007 le rendre aux frites de la cantine d’Airbus. A chacun sa conception de la France.

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