Du dalaï lama, j’ai déjà exprimé ce qu’il m’inspirait et mon propos n’est pas de revenir sur l’opportunité de le rencontrer ou pas, sur la sincérité de ses paroles ou la véracité de ses affirmations, mais sur le dernier épisode en date concernant une entrevue polonaise avec le chef de l’Etat, prévue en décembre.
Un magistrat comme on les aimerait.
Connaissez-vous Serge Portelli?Il est magistrat et vice-président du Tribunal de Paris. Il tient un blog sur le site du Nouvel Obs, où ponctuellement il laisse quelques notes d’une grande sagesse. On aimerait, à le lire, que tous les magistrats fussent de sa trempe.
Son avant-dernier billet concerne sa rencontre, lors d’un débat télévisé, avec le ministre de l’intérieur de l’époque qui s’appelait Nicolas Sarkozy.
Extrêmement révélateur du personnage qui nous dirige, je ne peux que vous engager à le lire. Etonnant!
C’est ici: Serge Portelli
A QUOI JOUE SARKOZY?
A quoi joue Sarkozy? Est-il à ce point soucieux des valeurs immémoriales de la République, mais peut-être désuètes à nos yeux et vraisemblablement aux siens tant il a modifié le style présidentiel, pour s’ériger soudain en gardien sourcilleux du prestige de l’uniforme?
Quel est donc le fondement de sa pensée vis à vis de l’Armée, dont je rappelle qu’il en est le chef, alternant systématiquement entre le désintérêt, les louanges, les honneurs, les critiques, la vindicte? A trop louvoyer on provoque le mal de mer.
Certes les armées d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec celles de jadis, et la nécessité de réformer une institution, depuis des lustres aussi légère et réactive qu’un char d’assaut, devenait indispensable. Le livre blanc a donc paru; analysé par beaucoup, encensé par les uns il désenchante les autres. Certains se sont donc exprimés selon leur ressenti, et parfois leur préférence politique. Tel ce professeur de médecine, Philippe Juvin, maire UMP de La Garenne-Colombes, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine et accessoirement officier de réserve, servant actuellement en Afghanistan. Donc militaire et astreint en tant que tel -même pour deux mois- au devoir de réserve. Je n’ai entendu personne du gouvernement crier au scandale sur les propos élogieux qu’il a tenu sur le livre blanc, affirmant sans l’ombre d’une seringue à la main, “qu’il fut accueilli très favorablement par les militaires”, alors qu’à l’inverse les membres du collectif “Surcouf” sont recherchés comme des terroristes pour avoir écrit leur désappointement.
Dans l’un et l’autre cas, ou l’on sanctionne tout le monde, ou l’on laisse dire. Sinon l’injustice est patente. Pourquoi l’un pourrait-il s’exprimer et pas les autres? Pourquoi surtout lâcher sur eux, comme l’affirment le Nouvel Obs et Le Figaro, la meute des espions de la DCRI (ex DST) pour les pister comme des gibiers de potence? Mettent-ils en danger la sécurité de la Nation? Les recense-t-on comme un groupuscule dormant préparant un attentat?
Attentat de lèse-majesté, peut-être, ayant écrit au détour d’une phrase le terme “amateur” si cher à celui qui les poursuit de sa vindicte. Je n’ai, quant à moi, rien lu d’autre que la déception de militaires “pur jus”. J’irai jusqu’à dire qu’avant les critiques l’éloge est de mise.
En ce millénaire qui débute dans l’explosion de la communication, le silence n’a plus de logique. Chacun est libre de s’exprimer sans devoir craindre les foudres d’un Jupiter indigène. On me répondra que l’armée est détentrice de la violence légitime d’une nation, et que ce pouvoir immense qui lui est dévolu ne peut se concevoir sans une stricte obéissance. Mais critiquer n’est pas désobéir. C’est apporter une pierre à l’édifice, car toute suggestion émanant de ceux qui le bâtissent, qui en sont les artisans et doivent y servir, ne peut qu’élargir la vision forcément restreinte d’un architecte de passage.
A quoi joue donc Sarkozy en s’aliénant nos soldats? Car désormais il fait l’unanimité dans les troupes, et il faudra autre chose que la crainte pour les rallier sous sa bannière, d’autant qu’il en rajoute en boudant les réceptions traditionnelles des ministères de la Défense puis de l’Outre-mer, le 13 juillet, mais s’affichant le 14 avec le dictateur Syrien.
Abyssus abyssum invocat!
SARKOZY DOIT-IL RECEVOIR LE DALAÏ-LAMA?
Photo Wikipédia.
L’excellentisime Raffarin en rajoute. Depuis que l’ambassadeur de Chine nous a menacé de rétorsion économique si Sarkozy rencontre le dalaï-lama en août, il est contre l’entrevue, mais se félicite de la présence du chef de l’Etat à l’ouverture des J.O. Voilà donc un homme pragmatique qui pense plus aux intérêts de la France qu’à tout autre sujet. Comment lui en vouloir d’ailleurs, quand on sait que la moindre vis achetée au rayon bricolage du super-marché est estampillée “made in China”, alors qu’en face on commence à faire la queue devant les boutiques des produits de luxe “made in France”. Un sac Vuitton contre un sachet de boulons, ça n’a pas de prix. Et notre ambassadeur sus-nommé le sait bien, qui se permet de parler d’ingérence dans les affaires de son pays, lui qui s’ingère sans vergogne dans les nôtres. D’autant qu’à la clef, en plus de nos parfums et autres babioles luxueuses, on envisage quelques avions et centrales nucléaires à mettre avec le coffret à bijoux.Mais ce que Raffarin oublie, c’est que Bush a reçu le chef bonze comme un seigneur, avec petits fours et tralala, sans que la Chine en fasse une jaunisse. Idem en Allemagne où Angela Merkel l’avait reçu peu de temps auparavant. Malgré un léger refroidissement, nos Chinois se sont rétablis assez vite sans jamais éternuer. La France serait-elle donc devenue à ce point inconséquente pour qu’un ambassadeur lui dicte ce qu’elle doit faire?Je n’affectionne pas particulièrement le bonze au sourire constant. C’est louche ou signe d’une paralysie faciale; un visage a de multiples expressions reflétant les sentiments qui le traverse. Lui, jamais. J’aurais donc une tendance à l’éviter. Mais par esprit de révolte, n’acceptant jamais qu’un autre puisse me dicter sa loi, je le recevrais. Si j’avais à décider, bien sûr.
Il y a quelques années, pour mon plaisir, je confectionnais des grilles de mots croisés. Dans l’une d’elles, concernant un mot de neuf lettres, ma définition était ainsi libellée: “Peut enrichir le gratin dauphinois”. Je ne pensais pas qu’elle fût à ce point prémonitoire. La réponse était Tricastin.
Si la hausse de 292% du budget communication du gouvernement, passant de 5,7 millions en 2008 à 22,4 millions en 2009, a été budgetée pour nous marteler que la plupart des acquis ont disparu ou vont disparaître, c’était totalement inutile et dispendieux. On le sait déjà, on commence à s’en apercevoir, on en subit les conséquences mais on n’en voit pas les bienfaits tant attendus et tant proclamés. Avec toutes ces augmentations que s’octroient nos gouvernants, tandis que nos porte-monnaie s’affinent comme dentelle, on va finir par en rire, jaune.
VAIS-JE DEVOIR PORTER PLAINTE? JOURNAL - EXTRAIT.

