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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Il sera toujours préférable d’être un petit soleil qu’un gros satellite.

VAIS-JE DEVOIR PORTER PLAINTE? JOURNAL - EXTRAIT.

 

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27 juin
Aujourd’hui j’ai manqué l’appel téléphonique de mon avocat. Je n’avais pas allumé mon téléphone portable. Je ne suis pas un adepte irrécupérable de cette technologie, bien que reconnaissant parfois son utilité. J’ai tellement circulé sans cette espèce de cordon ombilical dont ne peuvent se couper les jeunes générations, que je souris lorsque je distingue la frayeur dans le regard de ceux qui osent s’aventurer en l’ayant oublié. Tout juste si l’on ne va pas bientôt le rendre obligatoire pour les prétendus aventuriers; à tout le moins le leur reproche-t-on lorsqu’on est sans nouvelles de leur part.

Mon avocat m’a donc laissé un message, me demandant de le rappeler avant le déjeuner. Il était trop tard lorsque j’en pris connaissance. Sa voix semblait décidée, il avait plusieurs informations à me communiquer et m’apprenait qu’on s’acheminait vers le classement du dossier, le procureur ne devant pas estimer la nécessité d’ouvrir une information. Nous passerons outre. Il faudra donc déposer plainte et se constituer parties civiles. Je le rappelle lundi pour en déterminer les modalités. L’Etat se trompe s’il croit que nous allons baisser les bras. La mort de Guillaume est de sa responsabilité, il ne fallait pas venir me titiller.

Un autre appel ce soir, que je n’ai pas raté, celui d’Olivier me demandant où en était la création de l’association. Je m’en occupe lundi. Désormais nombreuses sont les autres familles du drame du Sinaï, mais aussi celles d’accidents plus anciens, ou plus récent, à souhaiter s’unir pour qu’enfin cesse ce discours s’apparentant à l’hypocrisie et au mensonge.

L’autre jour j’entendais d’une oreille discrète, mais suffisamment attentive, le Président de la République actuel dresser l’état catastrophique du matériel de l’armée, et en particulier celui des avions de l’Armée de l’Air. Ils arrivent en bout de course, particulièrement ceux du transport -bien que quelques Mirages tombent ou se montrent, au mieux, très récalcitrants avec leurs pilotes- et ce n’est sans doute pas par hasard si M. Sarkozy a souhaité un nouvel appareil dédié à sa personne. Je l’avais dit l’an dernier déjà aux plus hautes instances de l’Etat, ajoutant qu’on avait découvert sous le plancher d’un Casa une mare d’eau dans laquelle baignaient des gaines électriques. A la stupéfaction suivit l’incrédulité; toutefois Hervé Morin me demanda si je pouvais lui laisser ma note; ce que je fis volontiers. J’entends avec plaisir aujourd’hui le chef de l’Etat confirmer ce que je disais.

Lorsque nous sommes partis, en mai, pour le Sinaï, c’est un Airbus A310, sur la carlingue duquel était inscrit “République Française”, qui nous a transporté. Le dossier du siège sur lequel j’étais assis ne tenait pas relevé. J’ai changé pour celui d’à côté, sachant que ce détail peut être fatal si un problème survient lors d’une des phases de décollage ou d’atterrissage. Quelques autres d’ailleurs présentaient le même défaut. Je ne l’ai pas mentionné, comme non plus les éléments du plafond, au moins deux dans l’allée près de laquelle j’étais, ne tenant pas et s’affaissant régulièrement malgré les soins répétés de plusieurs des membres de l’équipage. Finalement ils les scotchèrent. Nous sourîmes.

Ce n’étaient certes que détails, mais symptomatiques de matériels vétustes dans lesquels des hommes et des femmes volent et sur lesquels des mécanos font des prodiges pour les maintenir en état. Leur expression favorite est: “la bitte et le couteau”. Plus que jamais désormais elle prend tout son sens en attendant des jours meilleurs.

MA COLERE ALIMENTEE PAR LES FUITES DU BEAD.

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Ma colère s’alimente au râtelier des ragots. L’ont-ils fait sciemment, ou leur incompétence est-elle à ce point prégnante qu’ils ne savent pas ce qu’ils font? Entendons-nous bien, je ne critique en rien le journaliste dévoilant une info offerte sur un plateau; en aucun cas je ne lui jette l’opprobre, j’agirais de même si j’étais à sa place. Mieux encore, et je vous le dis sans l’ombre d’un scrupule, je divulguerais s’il le fallait, et sans doute le faudra-t-il bientôt -mais vous en saurez plus si vous lisez jusqu’au bout ce billet- tant ils s’acharnent, toute information même classée confidentielle défense. je ne m’appelle pas Dasquié et ne crains rien, pas même la prison.

Le jour où nous partions pour le Sinaï, une dépêche de l’AFP fleurissait sur les écrans annonçant que le rapport du BEAD-air concluait “de façon quasi certaine” à une erreur de pilotage lors du crash du 6 mai 2007. “Il s’agit très certainement d’une erreur de pilotage commise alors que l’appareil effectuait un vol à très basse altitude en enfreignant les règles” a expliqué une source proche du dossier. C’était le 5 mai dernier. Le rapport était transmis aux personnalités compétentes.

Déjà le jeudi 2 mai paraissait un article dans “Air & Cosmos” laissant planer l’ombre de cette fuite orchestrée.

Or le vendredi 3 mai je recevais un appel téléphonique me demandant de ne pas aborder le sujet avec Hervé Morin, lequel n’était pas au courant. Tout le monde savait, sauf le ministre et les familles des victimes, alors qu’il nous avait été dit que nous en aurions la primeur. Pauvres Machiavel de village, croyiez-vous vraiment que nous serions dupes de vos intrigues, et apeurés par ces rumeurs savamment distillées, que nous allions croire un instant ce que vous affirmiez et penser que vous aviez raison? Détrompez-vous, depuis que nous avons vu les lieux, de la route, du choc avec le camion et de l’impact du crash, nous sommes tous, et je dis bien tous et non uniquement les familles, certains, et non pas quasiment comme vous, que vous continuez de faire en sorte que votre thèse de départ perdure en dépit de toute logique. Lorsque votre rapport nous sera enfin connu dans son intégralité, je vous démontrerai la légèreté et la faiblesse de vos arguments , comme les mensonges que vous avez voulu inculquer dans l’esprit de certains l’an dernier, comme de dire à une mère que son fils n’a rien pu voir de la carlingue. Dans un avion d’observation! Avec des hublots qu’elle a pu mesurer ensuite!

Tout comme je divulguerai, connaissant ce qu’il contient, le rapport de l’enquête de commandement qui a suivi cet accident, sans aucun état d’âme, si celui-ci, comme par hasard venait à être classé confidentiel défense, et s’il n’est pas déclassifié comme le demande notre avocat. Accablant! Et je n’en dirai pas plus ce soir.

Sachez enfin que sur toutes les bases de France, nul pilote digne de ce nom, nul mécano, ne croit un mot, un seul, de ce que vous affirmez. Si ce n’était tragique, ils en riraient; ils sont d’une infinie tristesse à constater que vous faites tout pour, à chaque fois, les en rendre responsables, comme dans le crash du Rafale où l’ami de Guillaume, dit “Piky”, le capitaine Emmanuel Moriuser, dit “Bouba”, aurait subi “une désorientation spatiale”, annonce faite huit jours après le crash, alors que les carences de quelques uns et les manques de moyens dramatiquement financiers les entraînent, eux ou leurs camarades, vers la mort. Allant jusqu’à les punir au lieu de les féliciter du travail remarquable qu’ils effectuent. Cette année 2007 restera dans leur mémoire la pire qu’ils aient connue. Combien sont morts cette année-là? Combien d’autres demain?

Pour en terminer momentanément, je vous informe que je possède, ainsi que mon avocat, d’autres éléments qui prouvent, s’il en était besoin, le peu de conscience professionnelle avec laquelle vous avez fait votre travail d’investigation. La stupeur en bouleversera plus d’un quand ils seront connus. Mais on ne peut être objectif lorsqu’on agit avec des à priori.

Oui, ils effectuaient des vols bas dans le Sinaï. Cela faisait partie de leur mission, même en enfreignant les règles, à la demande des observateurs américains afin de pouvoir visualiser les chars masqués par des tôles. Ce qui ne veut en aucun cas dire qu’ils le faisaient systématiquement, et particulièrement ce funeste dimanche 6 mai 2007 . Ce jour-là ils étaient si bas que les roues du Twin-Otter touchaient le sol. Ce n’était plus un vol bas ou du rase-mottes, c’était un atterrissage. Et quand on tente d’atterrir sur une route, c’est qu’un événement nous y oblige. Mais comme me le disait un vieux colonel, pilote en Indochine et en Algérie, “on ne peut pas voler plus bas quand on se pose”.

Alors j’attends! J’attends qu’on veuille bien nous informer enfin des détails de vos suppositions. Et ce que je demande, ce que toutes les familles demandent, c’est que vous le fassiez collectivement, en présence de tous, et non individuellement, afin qu’on sache bien que votre langage est commun pour tous au contraire de ce que vous fîtes l’an dernier. Il est si facile d’impressionner quand on arbore deux étoiles et qu’on a face à soi des êtres meurtris et non compétents en aéronautique. “A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire”. Sachez aussi que désormais notre opinion est faite et que maintenant nous en savons plus que vous ne pensez. Sans ambages je vous le dis, à vous qui clamaient si fort votre indépendance, ce que nous avons découvert avec stupéfaction, amplifiant au-delà de la raison notre émotion, n’est que le reflet de votre travail.

Et ce que je dis n’est pas “quasi certain”.

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