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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

Tintin piège les barbouzes.

Je n’éprouve aucune sympathie particulière pour Besancenot, ce nouveau Tintin, si ce n’est qu’il a un peu l’allure du héros, sans son caniche, qu’il est clair dans ce qu’il dit, qu’il a réponse à tout et qu’il ne s’émeut de rien. Son programme est une hérésie comique, tant qu’il n’est pas appliqué. Mis à part son faux pas dans sa défense vis à vis de Rouillan, qui n’a pas fini de purger sa peine, malgré qu’il en ait, je n’avais rien à dire sur lui et m’en suis toujours tenu à ce principe. Je ne sais même pas si je me serais exprimé lors du procès qu’il va devoir affronter prochainement, tant je suis quasi certain qu’il le gagnera, son accusateur  ne reculant devant aucun sacrifice, en bon représentant de commerce, pour mettre en avant sa petite machine portative, stylée comme un jouet RoboCop, anodine mais à décharges électriques, qu’il espère fourguer à tout le monde. Type de pistolet qui n’est pas à eau et qui a fait au moins un mort de façon indirecte aux Etats-Unis, filmé dans l’instant: un flic balançant une décharge sur un nudiste excité perché à trois mètres et qui, sous la tétanie provoquée par l’engin, bascula dans le vide pour se fracasser le crâne à terre.
Mais lorsque j’apprends que le même individu, pourvoyeur d’impulsions, a été mis en garde-à-vue pour le rôle qu’il aurait peut-être joué -rien n’est prouvé bien sûr, et tant qu’il ne sera jugé, accordons-lui la présomption d’innocence, puisque ce soir il nie toujours avoir participé à ce jeu de piste- dans l’espionnage de la vie privée du jeune révolutionnaire, tel un Cheyenne outré je sors de ma réserve.
Il n’est pas concevable, admissible, tolérable, et pour quelque motif que ce soit, commercial, militaire, politique, ou autre fantaisie familiale de pénétrer la vie de quelqu’un au motif de connaître la fissure dans laquelle on s’insinuera afin de mieux le compromettre, le faire chanter ou le faire taire. Nous avons des lois, et sans décision de justice pour motifs précis, nul ne peut y déroger. La vie privée est sacrée, inaliénable.
Pour qui donc se prennent ces barbouzes méprisables, ces policiers véreux, ces détectives de village, ces Sherlock de pacotille, forts de leurs relations, de leur petit pouvoir ou de leur schizophrénie pour mettre en place un système de surveillance, noter, disséquer, filer, épier celui ou celle sur la tête de qui ils ont posé leur sinistre regard? De quelle société paranoïaque rêvent-ils? De quelle civilisation du doute veulent-ils devenir les apôtres? De quelle mission se croient-ils investis? De combien leur compte en banque fut-il provisionné? Car c’est peut-être là aussi que se situe le noeud gordien des exactions, des dérives. Ce crottin du Diable, comme le nommait François d’Assise, cet argent pour lequel tant d’âmes sont prêtes à se damner. Pas Besancenot, et c’est là son mérite. Il porte en lui une autre foi, hérétique à mes yeux peut-être, sous certains aspects, mais en tout cas plus respectable que celle de ces taupes ravageant la démocratie et nos libertés.
Pour en revenir à notre marchand de Taser, ce petit maître gonin, de quelle génération d’auto-défense veut-il être le géniteur, vantant les mérites de son godemichet éjaculatoire auprès de qui veut l’entendre? Car au-delà de cet épisode digne d’une aventure tintinesque, les remous provoqués participent de la publicité qu’il recherche à n’importe quel prix, donnant de sa personne en fréquentant responsables et dirigeants de la finance, de la politique, du pouvoir, pour leur vendre, et y parvenir, son jouet à piles, participant à de prétendues conférences, posant avec stars et célébrités féminines pour promouvoir un Taser édulcoré, le Stoper C2, libre à la vente, c’est à dire sans autorisation de port d’arme, pour se défendre.
Se défendre contre qui, contre quoi? Vivons-nous une époque plus sordide et dangereuse que celles que nos ancêtres ont connues, du Moyen-Âge au dix-septième où les gueux jouaient de la rapière à tout bout de chemin, volant et trucidant, de jour comme de nuit, dans les rues sombres des villes ou la traversée d’une forêt?
De ce credo de la peur, susurré en continu, colporté à tout va par les thuriféraires de l’angoisse, ne pouvait qu’émerger ces vautours mercantiles, plus nuisibles encore que l’ennemi imaginaire qu’ils s’acharnent à dépeindre, pour que frissonnent la nuit venue quelques cloportes terrés en leur demeure.
Dormez braves gens, je ne veille pas, mais je vous mets au courant!

T’AS TESTE LE TASER?

J’aimais bien Jérôme Bonaldi, ce faire-valoir de tous les professeurs Tournesol qui ont un truc à vendre, surtout depuis que je l’avais entre-aperçu essayant de contredire, d’une voix timide, Xavier Bertrand prêchant pour l’interdiction de fumer, opposant à ce dernier le peu de crédit des études sur le tabagisme passif. Mais l’autre, avec assurance, l’avait rejeté dans un coin du ring; alors il s’était tu en serviteur zélé du service public.


Je l’aimais bien parce qu’il apportait la preuve que toutes les inventions de génie dont il faisait la promotion, ne servaient strictement à rien, quand il parvenait à les faire fonctionner, et plus encore quand il était incapable de repérer ou d’actionner le bouton “on-of”. Je l’aimais bien ce camelot riant de sa camelote, ce prédicateur du vain, ce prosélyte de l’inutile. Jusqu’à hier où j’ai pu le voir sur une vidéo extraite de l’émission où désormais il officie, pape de l’éphémère, avec son compère Guillaume Durand. L’autre jour donc, il testait le taser, ce nouveau jouet offert aux polices municipales. Ca sert à quoi un taser? A neutraliser tout individu hors des clous. Et notre bonimenteur d’expliquer que deux petits dards sont projetés vers le récalcitrant, traversent les vêtement, se fichent de quelques millimètres -quelques millimètres seulement, c’est pas grand-chose, ça risque rien- et créent un arc électrique -un petit arc de rien du tout, c’est pas la foudre quand même- qui vous paralysent le suspect. Boniment récité avec le sourire, dans la joie et la bonne humeur, demandant au volontaire de bien vouloir venir et de lui tourner le dos. Mais avant le drame, grandiloquent, Guillaume Durand réclame la présence d’un médecin. C’est compris dans le service, il est là, au cas où. Nous voilà rassérénés! Si la faculté prête son concours à cette mascarade, rien n’est à craindre, la caution de la science valant tous les viatiques du monde. Sauf que dans la réalité nul toubib n’accompagne jamais nos Vidocq municipaux. Mais nous étions, ce dimanche-là, plutôt dans l’irréel.


Irréel, parce que ce numéro me rappelait l’expérience de Stanley Milgram où un sujet punissait de chocs électriques un apprenant ne sachant pas répondre aux questions, sous l’autorité d’un expérimentateur. Plus de 60% des sujets dépassaient le seuil de tolérance, poussant les curseurs jusqu’à 400 volts. Dans cette expérience seuls les sujets ne savaient pas que tout était factice, l’apprenant étant un acteur.

Henri Verneuil a repris ce test de soumission à l’autorité dans son film “I comme Icare”, dont je vous conseille l’extrait inclus dans ce billet.

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Irréel, parce que Bonaldi rigole -il n’y a pas d’autre terme- après avoir manipulé son arme présentée quasiment comme un pistolet à eau.


Irréel, parce que le volontaire rigole lui-aussi après être tombé sous le prétendu choc électrique, se relevant d’ailleurs aussi vite.


Irréel, parce que, comme par hasard, le volontaire est noir.


Irréel enfin, parce que, ce que j’ose nommer un sketch, se déroule sur un plateau de télé, dans les rires, alors que cette arme fait souffrir et qu’on va l’offrir à des employés municipaux dont on se demande quelle légitimité, et sous l’autorité de qui, ils auront à l’utiliser.


Mais bien réalité cependant car propagande et banalisation d’un objet dangereux dont on veut minimiser le risque, le rendre ludique et le faire accepter par le bon peuple réclamant des jeux et du pain. Et Bonaldi, en serviteur zélé, se prête à cette stupide pantalonnade dont je suis persuadé que quelques uns, inconscients ou crédules, au vu de l’apparente bénignité de l’effet du nouveau joujou, eussent aimé tenté l’expérience.


Si tel est leur désir, ils suffira bientôt de circuler à contre sens du chemin qu’on nous trace pour tenter le diable. Mais je doute fort que le sourire soit de la partie, que l’usage de leurs membres réapparaisse aussi rapidement et qu’une âme charitable, à moins que ce ne soit Dieu le Père lui-même -sait-on jamais- vienne leur ôter les deux dards du dos.

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