Je n’éprouve aucune sympathie particulière pour Besancenot, ce nouveau Tintin, si ce n’est qu’il a un peu l’allure du héros, sans son caniche, qu’il est clair dans ce qu’il dit, qu’il a réponse à tout et qu’il ne s’émeut de rien. Son programme est une hérésie comique, tant qu’il n’est pas appliqué. Mis à part son faux pas dans sa défense vis à vis de Rouillan, qui n’a pas fini de purger sa peine, malgré qu’il en ait, je n’avais rien à dire sur lui et m’en suis toujours tenu à ce principe. Je ne sais même pas si je me serais exprimé lors du procès qu’il va devoir affronter prochainement, tant je suis quasi certain qu’il le gagnera, son accusateur ne reculant devant aucun sacrifice, en bon représentant de commerce, pour mettre en avant sa petite machine portative, stylée comme un jouet RoboCop, anodine mais à décharges électriques, qu’il espère fourguer à tout le monde. Type de pistolet qui n’est pas à eau et qui a fait au moins un mort de façon indirecte aux Etats-Unis, filmé dans l’instant: un flic balançant une décharge sur un nudiste excité perché à trois mètres et qui, sous la tétanie provoquée par l’engin, bascula dans le vide pour se fracasser le crâne à terre.
T’AS TESTE LE TASER?
J’aimais bien Jérôme Bonaldi, ce faire-valoir de tous les professeurs Tournesol qui ont un truc à vendre, surtout depuis que je l’avais entre-aperçu essayant de contredire, d’une voix timide, Xavier Bertrand prêchant pour l’interdiction de fumer, opposant à ce dernier le peu de crédit des études sur le tabagisme passif. Mais l’autre, avec assurance, l’avait rejeté dans un coin du ring; alors il s’était tu en serviteur zélé du service public.
Je l’aimais bien parce qu’il apportait la preuve que toutes les inventions de génie dont il faisait la promotion, ne servaient strictement à rien, quand il parvenait à les faire fonctionner, et plus encore quand il était incapable de repérer ou d’actionner le bouton “on-of”. Je l’aimais bien ce camelot riant de sa camelote, ce prédicateur du vain, ce prosélyte de l’inutile. Jusqu’à hier où j’ai pu le voir sur une vidéo extraite de l’émission où désormais il officie, pape de l’éphémère, avec son compère Guillaume Durand. L’autre jour donc, il testait le taser, ce nouveau jouet offert aux polices municipales. Ca sert à quoi un taser? A neutraliser tout individu hors des clous. Et notre bonimenteur d’expliquer que deux petits dards sont projetés vers le récalcitrant, traversent les vêtement, se fichent de quelques millimètres -quelques millimètres seulement, c’est pas grand-chose, ça risque rien- et créent un arc électrique -un petit arc de rien du tout, c’est pas la foudre quand même- qui vous paralysent le suspect. Boniment récité avec le sourire, dans la joie et la bonne humeur, demandant au volontaire de bien vouloir venir et de lui tourner le dos. Mais avant le drame, grandiloquent, Guillaume Durand réclame la présence d’un médecin. C’est compris dans le service, il est là, au cas où. Nous voilà rassérénés! Si la faculté prête son concours à cette mascarade, rien n’est à craindre, la caution de la science valant tous les viatiques du monde. Sauf que dans la réalité nul toubib n’accompagne jamais nos Vidocq municipaux. Mais nous étions, ce dimanche-là, plutôt dans l’irréel.
Irréel, parce que ce numéro me rappelait l’expérience de Stanley Milgram où un sujet punissait de chocs électriques un apprenant ne sachant pas répondre aux questions, sous l’autorité d’un expérimentateur. Plus de 60% des sujets dépassaient le seuil de tolérance, poussant les curseurs jusqu’à 400 volts. Dans cette expérience seuls les sujets ne savaient pas que tout était factice, l’apprenant étant un acteur.
Henri Verneuil a repris ce test de soumission à l’autorité dans son film “I comme Icare”, dont je vous conseille l’extrait inclus dans ce billet.
