Du dalaï lama, j’ai déjà exprimé ce qu’il m’inspirait et mon propos n’est pas de revenir sur l’opportunité de le rencontrer ou pas, sur la sincérité de ses paroles ou la véracité de ses affirmations, mais sur le dernier épisode en date concernant une entrevue polonaise avec le chef de l’Etat, prévue en décembre.
Morts pour la liberté en Afghanistan.
Je ne commenterai pas la mort de dix soldats tués lors d’une embuscade en Afghanistan, l’heure est au recueillement et à la main tendue vers les familles de ces enfants. Je dirai seulement que les honneurs qui leur sont rendus sont mérités, et que la France n’a pas à rougir de ses troupes en terre étrangère. Si elles s’y trouvent c’est aussi pour défendre une certaine conception de la liberté et non, comme de multiples commentateurs égrenant leurs litanies ineptes veulent nous le faire croire, imposer un colonialisme suranné.
Nous qui avons lutté des décennies pour que s’installe enfin une démocratie, imparfaite sans doute et dont certains aspects sont critiquables -mais qui peut dire aujourd’hui qu’il n’a pas sa liberté d’expression ou de pensée à commencer par ceux qui clament le contraire?- nous devrions accepter qu’à l’appel de ceux qui vivent sous l’oppression, nous répondions par notre présence. Les farauds prêts à s’enflammer pour le Tibet sont les premiers à contester l’envoi de soldats sous des contrées où l’asservissement est pire. L’apparence bonasse du dalaï lama y est pour beaucoup et sans lui dénier le droit de se battre pour ce qu’il pense être sa vérité, reconnaître aussi ses capacités de représentant de commerce, la situation au Tibet n’a rien de comparable à ce qu’ont vécu les opprimés afghans -sauf peut-être à penser que sous son règne la majorité de son peuple vivait en esclavage.
Nos soldats sont morts pour que soient respectés les droits fondamentaux d’hommes et de femmes victimes de la tyrannie et de la barbarie de religieux moyenâgeux.
SEGOLENE, LE TIBET, CE SOIR JE VAIS DEPLAIRE.
Ce soir je vais déplaire. Non par plaisir, mais parce qu’il faut bien parfois rétablir quelques vérités sans pour autant se montrer un opposant inconditionnel et systématique aux affirmations du plus grand nombre. Mais souvent le plus grand nombre se trompe, emporté qu’il est par la volupté de savoir qu’il pense comme tous.
J’aborderai deux thèmes, dont l’un est exacerbé dans tous les organes de presse depuis le passage de la flamme olympique à Paris, et l’autre moins médiatisé mais révélateur d’un entêtement stupide de S. Royal. Je commencerai par ce dernier.
Il y a dix ans trois de ses collaboratrices avaient été licenciées après la dissolution de l’Assemblée en 1997, mais avaient continué à travailler pour S. Royal durant la campagne électorale qui suivit, et ce jusqu’en juillet, après son entrée au gouvernement Jospin, sans rémunération. Elles attaquèrent d’abord devant la juridiction prud’homale, ensuite devant la Cour d’appel de Poitiers. L’une d’entre d’elles abandonna la procédure quand elle obtint un travail dans une collectivité territoriale.
Dix ans d’attente pour quelques mois de salaire dus! Car S. Royal multiplia les procédures pour les décourager sans doute. A chaque fois elle était déboutée. Sans parler des tentatives d’intimidation dont fait état une des attachées parlementaires, Evelyne Pathouot qui vient enfin d’obtenir gain de cause, Ségolène Royal ayant été condamnée jeudi par la Cour d’appel de Rennes à verser les salaires.
Invraisemblable! Comment une femme dite de gauche peut-elle à ce point faire preuve d’une aussi mauvaise foi, d’un entêtement stupide, d’un déni de justice et de si peu de considération pour ses collaborateurs, et ce pendant dix longues années pour finir lamentablement par sa condamnation.
Chère Madame, si vous ne savez ce que veut dire le mot négociation vous n’êtes pas apte à diriger, à gérer et à gouverner.
Le second thème est celui du Tibet, dont tout le monde s’accorde à dire que son peuple souffre de la domination Chinoise. Moi y compris, n’acceptant aucune forme de violence, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne.
Seulement lorsque j’entends ou lis les commentaires acerbes émis à l’encontre de Jean Luc Mélenchon, je ne puis m’empêcher de penser qu’ils sont inconséquents et sans fondement, car le sénateur a raison. Et je trouve légèrement tendancieux l’article de la rédaction du Post dans lequel il ne montre qu’un court extrait de ce qu’il a dit.
Si vous prenez la peine de lire l’histoire du Tibet, non pas sur “Wikipédia”, mais dans l’excellent article de “l’Encyclopaedia Universalis” vous prendrez conscience que les moines bouddhistes ne sont pas si zen que cela et que les différents Dalaï-lamas alternèrent les alliances selon que celles-ci leur permettaient de conserver leurs privilèges, c’est à dire cette théocratie qui faisait d’eux et de quelques privilégiés les propriétaires du sol tibétain, la population étant réduite à l’état d’esclavage, corvéable à merci. Le 23 mai 1951 une mission tibétaine signait l’intégration du Tibet dans la République Populaire de Chine qui l’avait toujours considéré comme une de ses cinq nationalités, ce qui historiquement n’est pas totalement faux quand on sait l’importance qu’eut la Mongolie sur la pérennité du Tibet.
La Chine administrait et le clergé conservait ses prérogatives.
Cette période de collaboration fut à son apogée en 1954-1955 lors du long séjour qu’effectuèrent le Dalaï Lama et le Pan-chen lama à Pékin.
Je ne vous résumerai pas les longues pages de l’encyclopédie. Il faut les lire. Toutefois à partir de 1952 la Chine commença ses réformes socialistes qui aboutirent à la rébellion de 1959, mâtée et qui vit fuir le Dalaï-Lama pour l’Inde, à Dharamsala. Dès 1961 elle confisqua les terres du clergé pour les distribuer aux pasteurs et aux agriculteurs, diminua le loyer des terres et abolit le servage.
Voilà la véritable raison de la colère des prêtres bouddhistes tibétains et de leur révolte, poussant la population à des exactions, comme le massacre des commerçants chinois, tout autant inacceptables que celles de la police Chinoise. La violence engendre toujours la violence.
Au prétexte de la disparition de leur culture, ce qui malheureusement est vrai tant la Chine par son afflux de population phagocyte comme un macrophage cette province grande comme 2 fois la France (6 fois si l’on considère l’ensemble de l’espace tibétain incluant le Cachemire et d’autres provinces chinoises), les prêtres bouddhistes fomentent la rébellion afin de retrouver leur domination d’un autre âge.
Le XIVe Dalaï-Lama en est-il l’instigateur? Je ne saurais le dire. Ce dont je suis sûr c’est que la Chine n’acceptera jamais la liberté du Tibet. La seule solution passe par la négociation pour une éventuelle indépendance, un retour aux conditions de 1952. L’esclavage n’est plus de mise, mais la conservation d’une culture est essentielle.
Le boycott des jeux ne serait pas un élément positif pour une rencontre entre le régime de Pékin, que je ne soutiens en aucune façon dans ce qu’il a de répressif et d’atteinte aux libertés, et le Dalaï-Lama dont je me demande si son sourire n’est pas qu’une façade. Une crispation serait à craindre.
ALAIN JUPPE L’HUMANISTE.

(c) Service photo du Premier ministre
On connaissait l’homme d’Etat, froid et distant, droit dans ses bottes. On connaissait aussi l’homme meurtri par un procès injuste qui l’éloigna de la vie politique. On connaissait l’exilé loin de la douceur girondine, des senteurs landaises et des délices du Médoc, endurant les rigueurs hivernales de nos cousins canadiens. Nous ne connaissions pas, tout au moins, je l’avoue, je ne connaissais pas l’humaniste qui rôdait dans les profondeurs de cet homme.
J’avais toujours eu pour lui un sentiment d’incertitude, une interrogation constante relative à cette apparence de rigueur, d’autorité, de confiance en soi allant parfois, me semblait-il, jusqu’au dédain de l’autre. Toutefois, lors des critiques fusant de toutes parts l’accusant de faire profiter son fils d’un appartement de standing à bas coût, bien que n’étant pas de son bord politique, et sans doute mu par cette constante préoccupation de défendre ceux dont il me paraît qu’on outrepasse la bienséance à leur égard, ainsi que par cette attirance que j’ai, des contraires et de la contradiction, mais aussi plus vraisemblablement par ce brin de folie qui me pousse à me sentir libre, je pourfendais ses détracteurs en leur demandant de le laisser en paix et de réfréner leurs critiques. L’attitude d’Alain Juppé qui s’ensuivit, me prouva que je n’avais pas tort.
Puis la dignité dont il fit preuve dans la condamnation indigne qu’on lui infligea, tout comme l’avait précédemment vécu Henri Emmanuelli, me conforta dans l’idée que ce normalien n’était pas tout à fait ce qu’il laissait paraître. Le rôle d’un politique, après tout, est de gérer les affaires de l’Etat et non de parader ou de gesticuler.
Son exil temporaire me parut la marque d’une grandeur incontestable, d’une noblesse et d’un courage que peu aurait su assumer. Son retour, d’une discrétion relative, mais un visage et un nom connus ne peuvent passer entre les herses dressées par les hordes médiatiques et si attentives au dérisoire sans y laisser quelques lambeaux de leur image, me conforta dans cette idée que je m’étais faite peu à peu que cet agrégé de lettres classiques ne pouvait être foncièrement un homme infréquentable. Un homme qui connaît le grec et le latin ne peut avoir que mon estime, moi qui n’en sais que les rudiments.
Les Bordelais ne s’y sont pas trompés en l’élisant sans faillir dès le premier tour des dernières élections municipales.
Et nul aujourd’hui ne peut désormais s’y tromper lorsque, sur son blogue, l’homme s’interroge sur les événements tibétains et les réactions, on ne peut plus molles, des gouvernants occidentaux. “Au fond de moi-même, je me demande ce que j’aurais dit si j’avais été investi d’une responsabilité nationale”. Le doute n’est plus permis, cet homme est grand. Loin des certitudes apparentes, devait-il, à chaque décision qu’il devait prendre lorsque les affaires de l’Etat le contraignaient, subir ce dilemme, ce doute, ces interrogations qui sont le propre d’une intelligence humaniste.
“La parole, comme disait Démocrite, est l’ombre de l’acte”. Or cette parole d’Alain Juppé ne peut être que le reflet de son âme.
Poursuivant cette introspection il s’avoue être ébranlé face à cette “realpolitik” que fustigeaient hier ceux qui gouvernent aujourd’hui, ne demandant au pouvoir de Pékin de ne tuer qu’avec retenue! Cette disgrâce à son regard.
Il ne sait s’il aurait cédé, lui-aussi, à ce “bon sens”, ce sous-entendu économique dont on devine qu’il n’a pas son approbation par ce qu’il énonce dans l’introduction de son billet, affirmant sa révolte et sa condamnation devant cette flagrante violation des libertés d’un peuple opprimé.
Il s’interroge, il ne sait pas. Et ce doute révèle l’honnêteté intellectuel, ce doute fondateur, créateur, sans lequel toute décision, toute oeuvre, tout acte, ne deviennent que fruits de hasard irresponsables, aux conséquences dramatiques, quand bien même parfois ce hasard peut-il être favorable.
En revanche ce doute doit faire place au choix définitif, et l’humilité dont on fait preuve, dont fait preuve Alain Juppé lorsque, sans ambiguïté à mes yeux, il prend le parti de désapprouver cette Chine si riche, cette humilité fait que les mots dits à voix basse résonnent plus intensément dans nos consciences.
“Qu’aurais-je fait?” titre-t-il. Sa conclusion est sans partage: “Mais les Tibétains meurent”.
