Qu’importe la façon, qu’importe le flacon!
Amphores - château de Bodrum-Turquie
Photo Wikipédia
Quand la paranoïa s’installe dans les esprits, les solutions les plus stupides éclosent. Ainsi à Montfermeil, où la maternité propose aux parturientes un bracelet électronique à l’usage du nourrisson, pour que celui-ci ne soit pas enlevé. Pas enlevé ou facilement repérable? Peu importe, après deux rapts de bébés en 2002 et 2005, le traumatisme induit a généré l’idée d’utiliser le principe appliqué aux condamnés. A peine nés et déjà victimes de la surchauffe des esprits. Qu’importe la façon!
Mais le meilleur moyen n’est-il pas de les enchaîner sur leur berceau? Au moins là, peu de risques de voir une femme en mal d’enfants s’introduire avec une pince coupante. En revanche, et sans aller plus loin dans l’analyse que représente l’adoption d’un tel système qu’on pourrait étendre à d’autres cas, comment fonctionne ce bracelet? N’émet-il pas quelques ondes qu’on critique avec effroi lorsqu’il s’agit de téléphone, mais qu’on admet quand la crainte seconde est plus intense que la première? Et qu’on tolère pour des organismes éminemment fragiles, alors qu’on les craint pour soi!
C’est la politique du bazooka pour tuer une mouche.
Je suis persuadé d’ailleurs que quelques uns envisagent déjà, pour leur plus grande tranquillité, de cheviller leurs enfants d’un tel objet afin qu’ils puissent jouer dans la rue sans craindre un enlèvement. C’est ce qu’aurait dû faire ce père, laissant son fils de quelques années, seul au jardin du Luxembourg toute sa journée de travail, le reprenant le soir.
Sa bêtise n’a pas eu de conséquence dramatique, sinon pour lui désormais qui doit répondre aux étonnements de la justice.
Cette justice qu’on interpelle à tout propos, comme ce père déposant plainte après que sa fille, mineure de seize ans, ait sombré dans un coma éthylique pour avoir bu de l’alcool acheté en super-marché.
A qui la faute, vraiment? A la caissière surchargée de travail qui n’a pas vu que cette gamine était mineure? Au directeur du magasin qui vend de l’alcool? Au distributeur? Au distillateur? Au vigneron qui récolte? A l’amie de cette jeune fille qui l’accompagnait? Aux parents n’ayant pas su voir ou éduquer peut-être? A cette fille elle-même incapable de sobriété ou de mesure? A la société tolérant les libations?
Pour ma part j’absous totalement le fabricant de bouteilles, car qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.

