Nicolas Sarkozy est arrivé en Israël aujourd’hui. Comme à son habitude, voulant montrer sa différence, il plaida pour la création d’un Etat Palestinien appelant les dirigeants à reprendre leurs négociations. Une fois n’étant pas coutume, je l’approuve, quand bien même le prétexte avancé, diplomatique en diable certainement pour moins heurter les esprits orthodoxes susceptibles et pointilleux sur le sujet, était la sécurité du peuple israélien. Car il ne s’agit pas que de cela, mais aussi et surtout de justice envers le peuple palestinien qui depuis soixante ans est spolié d’une partie de ses terres. A l’inverse du président français, je n’affirmerai pas que la création d’Israël fut un des actes majeurs du vingtième siècle, mais au contraire une imbécillité notoire qui valut au monde pendant plus d’un demi-siècle la menace pérenne de l’explosion de cette poudrière, enfantée aux forceps depuis que fut rendue publique la déclaration Balfour, en 1917. Il n’était peut-être pas nécessaire d’aller au-delà, et l’on peut penser -mais l’histoire ne se peut refaire- que l’installation d’un foyer juif au sein de la Palestine, comme ce fut le cas à partir de 1920, eût été suffisante pour une mixité harmonieuse des deux peuples cousins. A vivre ensemble, si l’on se chamaille quelques fois, on finit souvent par se côtoyer et s’estimer.
Il n’en fut pas ainsi, et il ne fallait pas être grand clerc pour deviner qu’un tel morcellement allait exacerber les colères légitimes mais aussi exagérer une volonté d’hégémonie et d’expansion. Je l’avais d’ailleurs écrit il y a bien longtemps et malheureusement les faits ne m’ont pas démenti.
Il faut donc désormais faire avec, comme on dit; et soixante ans depuis le plan de partage de la Palestine, ce sont trois générations d’hommes et de femmes qui n’auront connu que violence et rancoeur, avec parfois quelques lueurs d’espoir quand un couple mixte se forme, pour donner ces enfants de l’amour surgit de la haine.
Il faut que cesse cette barbarie, cette violence, afin que chacun puisse vivre dignement sans avoir à compter, de part et d’autre, les cadavres qui s’accumulent suscitant la vengeance, accentuant à chaque fois un peu plus le mouvement pernicieux de ce balancier. Sarkozy a raison, tendez-vous la main une bonne fois pour toutes, et vivez en paix sur cette terre d’où émergea la civilisation, et qu’on nommait autrefois la Phénicie.
"Une maniere de gent sont
qui d'estre loial samblant font
et de si bien conseil celer
qu'il se covient en eus fier;"
La Chastelaine de Vergi (XIII e siècle)