Pike | L’été aussi ils succombent.
Bruegel le Vieux, “les Mendiants” 1568 - Musée du Louvre.
Comme tous les hivers chacun y va de sa rengaine, de son appel, de sa colère et enfin de sa sollicitude envers ceux dont le froid mord, meurtrit l’âme et la chair. Cet élan de solidarité est nécessaire et loin de moi la vanité de m’en gausser, de le mépriser ou surtout d’ironiser sur cette brusque prise de conscience émergeant avec le givre lorsqu’on fait le macabre décompte des morts, unique et dérisoire instant de leur vie où ces hommes et ces femmes supplantent, à la une des journaux, les frasques des pantins habituels. Tout concourt en cette période pour éviter que l’hécatombe ne soit plus terrible encore; la froidure et son cortège de légendes, la nuit si longue et ses craintes incontrôlées, la résurgence de nos peurs animales issues du fond des âges, la hantise de connaître à nouveau un univers sans feu, nos angoisses se dévoilant soudain devant le miroir de la pauvreté, tout nous incite à faire œuvre de charité pour ménager notre conscience et lui rendre cet apaisement que la douceur de l’été lui apporte.
Mais on oublie que les pauvres meurent aussi aux beaux jours, et plus encore qu’en ces temps de givrures insculpant leurs stigmates dans les chairs offertes. On meurt plus, beaucoup plus dans la douceur d’une nuit d’été, car si peu, dès lors, se préoccupe de savoir si la soif et la faim les assaillent.
UNE FILLE AUX PIEDS NUS.
C’était un jour d’été de soleil sur la ville de passants qui défilent pour parfois s’arrêter devant une vitrine où s’étale au regard un luxe de hasard que le désir butine sur le trottoir pleurait les pieds nus une fille près d’elle des guenilles sous son chien qui dormait.C’était un jour d’été à ouvrir sa chemise la fille était assise le regard hébété comme on fait sa prière pour demander pardon tandis que les garçons faisaient valser les bières aux tables des bistrots quand la joie se prélasse alors que crève en face un cœur qui rêvait trop.
C’était un jour d’été à chanter dans la rue quand sa main s’est tendue quelques cercles bleutés comme trace de cendre sur son bras de satin exhibaient son destin qui pouvait la comprendre? le passant ne sait plus en ces temps de détresse qu’applaudir les promesses pour bannir les exclus.
C’était un jour d’été de malheur à pourfendre et d’amour à revendre tel un mont-de-piété qui ouvrirait ses portes pour offrir aux damnés tout ce qu’il peut donner mais dédaigne qu’importe là-bas sur le trottoir les larmes d’une fille couchée près des aiguilles bavant leur désespoir. Ⓒp.p.
