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du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

Pike | L’été aussi ils succombent.

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Bruegel le Vieux, “les Mendiants” 1568 - Musée du Louvre.

Comme tous les hivers chacun y va de sa rengaine, de son appel, de sa colère et enfin de sa sollicitude envers ceux dont le froid mord, meurtrit l’âme et la chair. Cet élan de solidarité est nécessaire et loin de moi la vanité de m’en gausser, de le mépriser ou surtout d’ironiser sur cette brusque prise de conscience émergeant avec le givre lorsqu’on fait le macabre décompte des morts, unique et dérisoire instant de leur vie où ces hommes et ces femmes supplantent, à la une des journaux, les frasques des pantins habituels. Tout concourt en cette période pour éviter que l’hécatombe ne soit plus terrible encore; la froidure et son cortège de légendes, la nuit si longue et ses craintes incontrôlées, la résurgence de nos peurs animales issues du fond des âges, la hantise de connaître à nouveau un univers sans feu, nos angoisses se dévoilant soudain devant le miroir de la pauvreté, tout nous incite à faire œuvre de charité pour ménager notre conscience et lui rendre cet apaisement que la douceur de l’été lui apporte.

Mais on oublie que les pauvres meurent aussi aux beaux jours, et plus encore qu’en ces temps de givrures insculpant leurs stigmates dans les chairs offertes. On meurt plus, beaucoup plus dans la douceur d’une nuit d’été, car si peu, dès lors, se préoccupe de savoir si la soif et la faim les assaillent.

  

UNE FILLE AUX PIEDS NUS.

C’était un jour d’été
de soleil sur la ville
de passants qui défilent
pour parfois s’arrêter
devant une vitrine
où s’étale au regard
un luxe de hasard
que le désir butine
sur le trottoir pleurait
les pieds nus une fille
près d’elle des guenilles
sous son chien qui dormait.

C’était un jour d’été
à ouvrir sa chemise
la fille était assise
le regard hébété
comme on fait sa prière
pour demander pardon
tandis que les garçons
faisaient valser les bières
aux tables des bistrots
quand la joie se prélasse
alors que crève en face
un cœur qui rêvait trop.

C’était un jour d’été
à chanter dans la rue
quand sa main s’est tendue
quelques cercles bleutés
comme trace de cendre
sur son bras de satin
exhibaient son destin
qui pouvait la comprendre?
le passant ne sait plus
en ces temps de détresse
qu’applaudir les promesses
pour bannir les exclus.

C’était un jour d’été
de malheur à pourfendre
et d’amour à revendre
tel un mont-de-piété
qui ouvrirait ses portes
pour offrir aux damnés
tout ce qu’il peut donner
mais dédaigne qu’importe
là-bas sur le trottoir
les larmes d’une fille
couchée près des aiguilles
bavant leur désespoir.
Ⓒp.p.
1 décembre 2008 - Aucun commentaire
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