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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

A quoi ça va servir un médecin?

dsc_0011.JPGRoselyne Bachelot est docteur en pharmacie, accessoirement ministre de la Santé. Hier samedi, elle fut accueillie au 61 ème congrès national des pharmaciens, à Deauville, où son discours a dû ravir ses confrères, puisqu’elle leur a déclaré que leurs compétences et leurs atouts étaient actuellement sous-exploités.
Les potards doivent donc “faire évoluer leur métier en offrant de nouveaux services, en s’impliquant davantage dans la prévention, le parcours de soin ou encore l’accompagnement thérapeutique.” Et pour ce faire, elle n’est pas hostile “à donner aux pharmaciens la possibilité de renouveler, pour une fois, la pilule contraceptive.”
A quoi ça va servir un médecin bientôt? Déjà que leurs prescriptions peuvent être modifiées par nos épiciers en blouse blanche, qui remplacent par des génériques la formule princeps, en plus ils se font limer lentement leur légitimité. Je ne conteste pas les génériques, c’est le même principe actif à quelques excipients près. Mais parfois l’excipient n’est pas toléré par le patient, ou, dans l’exemple d’un sirop anti-tussif dont le goût est déplorable, refusé par l’enfant à qui on le fait prendre. Bien évidemment, une thérapeutique n’est pas un concours de gastronomie, c’est avant tout un remède contre un mal; mais si le remède est rejeté, il y a de fortes probabilités pour que le mal persiste, voire dégénère. Et je n’aborderai pas les marges commerciales, légèrement supérieures des génériques, ou les achats avec bonus selon les quantités. Nous entrerions dans le domaine de la vente, du marketing, du business en un mot, loin de la médecine.
Mais peu importe, le plus critiquable dans l’entrebâillement de cette porte, c’est le rôle qu’on veut faire jouer à cette corporation, au demeurant privilégiée puisque bénéficiant d’une protection d’un autre âge nommé “numerus clausus”, détentrice de fonds de commerce pompeusement appelés encore “officines” et qui superbement ne pâtissent aucunement de la crise de l’immobilier.
Mais surtout, à lire l’article paru dans la revue “Prescrire” de ce mois-ci, la question que chacun est en droit de se poser est de savoir si les pharmaciens sont aptes, compétents ou disposés à jouer ce rôle. Ayant l’obligation de délivrer aux mineures qui le demandent une contraception médicamenteuse postcoïtale, sans ordonnance, gratuitement et dans l’anonymat, un test a été mené par une équipe d’un service de gynécologie de Nice, entre juillet et août 2006, pour évaluer cette obligation dans 53 pharmacies, prises au hasard.
Je ne sais si l’étude est significative, mais il serait intéressant de l’étendre pour confirmer ou infirmer les résultats.
A 86,8 % des cas, les mineures n’ont bénéficié d’aucune intimité.
37,7 % des pharmaciens ont refusé la délivrance de la contraception, donnant pour motif, à 80 % une exigence de paiement, puis une rupture de stock ou un refus de principe.
Dans les officines qui ont accepté, une fois sur trois l’identité a été demandée, une fois sur deux un paiement, avant que la mineure ne rappelle ses droits et moins de la moitié des officines ont donné une information sur l’utilisation et les effets du traitement.
Pour finir, alors que la règlementation le prévoit, aucune des mineures participant au test n’a eu d’information sur la contraception classique, les maladies sexuellement transmissibles et aucune adresse d’un centre de planification n’a été indiquée.
Mais une boutique, même baptisée officine, n’est pas un lieu de consultation, et la revue Prescrire constate que la mission de santé publique qui lui incombe n’a pas été remplie.
Pour ma part, si d’aventure on élargissait le rôle d’un pharmacien à celui de prescripteur pour nous délivrer des pilules, contraceptives ou non, avant de me rendre chez lui, je continuerai d’aller consulter mon médecin, par prudence.
Comme pour ma voiture, quand elle toussote, il ne me viendrait pas à l’esprit d’aller chez le grossiste lui demander de me vendre la pièce qui calmera ses soubresauts.
Mais au-delà de ces anecdotes, se profile l’intention de moins en moins cachée de faire du médecin un simple second rôle, accusé qu’il est d’être à l’origine de tous les maux de la Sécurité Sociale, et de créer une médecine à deux variables, celle des nantis qui pourront consulter et se traiter avec la thérapeutique adaptée, et celle de ceux qui se contenteront du vague conseil d’un pharmacien compétent en vente, mais pas en diagnostic, au seul bénéfice de quelques honoraires médicaux évités.
Si c’est ainsi qu’on envisage la cautérisation de la plaie budgétaire de la “Sécu”, on risque fort de voir la gangrène gagner du terrain sur d’autres parties de ce grand corps malade qu’est devenue notre société.

Revue Prescrire (octobre 2008, N° 300, page 775 en accès libre)

CAMPAGNE POUR L’AVORTEMENT

Le Conseil régional d’Ile-de France vient de financer une campagne d’affichage et d’information, dont les couloirs du métro s’embellissent et que certains hurlant comme des hyènes, aveugles qu’ils sont, dénoncent en tant que publicité pour l’avortement.

300.000 euros pour inciter au meurtre? C’est trop, c’est ignoble. Qui paye?

300.000 euros pour informer? C’est pas assez, c’est une goutte d’eau, c’est peu pour aider celles qui souffrent.

Ce qu’ils veulent délibérément passer sous silence, c’est que cette campagne d’affichage ne concerne pas uniquement l’avortement, mais aussi la contraception et la sexualité.

Que lit-on sur l’affiche? sexualité, puis contraception et enfin avortement.

Sous ces trois termes mis dans cet ordre, l’un en dessous de l’autre, trois autres mots tout aussi essentiels: un droit, mon choix, notre liberté.

Alors que tous les “pères la pudeur” relisent de façon sereine et objective ces mots, que tous les obsédés de la fécondation regardent avec attention les photos, que les bonnes âmes qui se disent choquées fassent un peu plus parler leur intellect et non leur pudibonderie, et ils comprendront que peu de personnes vivent dans des couvents et que la sexualité, cet instinct naturel, ce désir d’aimer, cette jouissance du corps et de l’esprit est d’abord un droit inhérent à tout homme et à toute femme, et qu’eux-mêmes s’ils sont là à brandir leurs panneaux fanatiques, c’est parce que, un jour ou une nuit, une femme et un homme attirés mutuellement, déchirés de désir et de plaisir charnel, comme eux-mêmes doivent par moment le ressentir, se sont accouplés, non pas pour les créer, mais d’abord pour s’aimer.

Seuls les animaux s’accouplent pour procréer, afin qu’uniquement se perpétue l’espèce. L’Homme est d’une autre nature, et au même titre qu’on peut prendre plaisir à manger, à déguster un grand vin, à fumer une cigarette, à lire un roman, à réciter des vers, à collectionner des tableaux ou simplement les admirer, à voyager, à s’habiller et que sais-je encore qui fait la joie de l’existence, faire l’amour, s’aimer, s’unir entre homme et femme, entre homme ou entre femme, au même titre que ce que je viens d’énoncer participe du bonheur de la vie.

C’est donc un droit que tout un chacun, à moins qu’il ne fût moine ou abbesse, peut légitimement revendiquer au nom de la liberté de son corps.

Et ce droit aujourd’hui à le privilège de pouvoir faire abstraction des conséquences inévitables qu’une telle liberté entraîne, c’est à dire la procréation non désirée ou l’atteinte dans sa chair de maladies sexuellement transmissibles, grâce aux moyens de contraception et de protection que la science nous offre.

Mais la science en ce domaine ne peut pas tout, et il existe parfois ce qu’on appelait autrefois pudiquement des accidents, c’est à dire des fécondations non souhaitées suscitant les drames que nous avons tous en mémoire, depuis les “tricoteuses”, ces femmes admirables comprenant la douleur de leurs soeurs, mais que l’on condamnaient à mort au nom de l’irrespect de la vie, jusqu’à ces jeunes femmes se mutilant ou mourant en provoquant elles-mêmes, il n’y a pas si longtemps encore, un avortement, et certainement pas de gaieté de coeur, mais pour des raisons qui n’appartenaient qu’à elles, et elles seules.

Ces raisons que la société n’a pas à juger, et encore moins un homme ce sinistre pourvoyeur du drame dont il se lave les mains, ce Pilate aux slogans irresponsables, ce fantoche profiteur et dédaigneux de sa compagne, ces raisons dis-je, et je n’ai nul besoin de les expliciter, demeurent.

C’est pourquoi le législateur, faisant enfin preuve de bon sens et de sagesse, a souhaité que la femme non désireuse d’enfanter pût légalement et sans danger pour sa vie, avorter grâce au concours de la médecine.

Cette médecine, dont un grand nombre de ses membres, hommes pour beaucoup, au nom de la clause de conscience, refuse ou retarde par des moyens indignes de venir en aide à ces femmes en détresse, les obligeant à partir vers d’autres lieux pour obtenir ce à quoi elles aspirent.

Si dans le serment d’Hipocrate le médecin jure qu’il ne donnera pas à une femme un pessaire abortif, il jure aussi qu’il dirigera le régime des malades à leur avantage, c’est à dire qu’il fera tout, selon ses forces et son jugement, pour soigner leur souffrance.

Or ces femmes sont en souffrance, elles seules peuvent connaître cette souffrance et il est intolérable, qu’en raison de leur prétendue conscience, certains médecins n’acceptent pas d’apaiser cette douleur. On m’opposera sans doute ce serment, mais il y est dit aussi que celui qui y prête doit subvenir aux besoins de son maître de médecine. Toutes ces fariboles ne sont-elles pas quelque peu dépassées?

Si cette campagne d’information pour la sexualité, la protection et l’avortement vous semble, moralisateurs rétrogrades, une incitation à la débauche et au non-respect de la vie, il me semble au contraire indispensable et nécessaire, trente ans après la loi de Simone Veil, de plus en plus bafouée, que cette loi soit enfin appliquée avec respect et dignité, pour précisément une vie sereine.

Au reste, y a-t-il besoin d’une loi pour qu’une femme soit libre de son corps?

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