PLUS DE VIN A L’ELYSEE.

Palais de l’Elysée vers 1900 (photo Wikipédia)
Je suis malheureux d’apprendre que les dépenses de vin baissent de 44 % dans le budget élyséen. S’il est un domaine où l’on aimerait constater une progression, c’est bien celui-ci, participant de facto à l’économie viticole française et permettant des libations favorisant une moindre austérité. Celui pour qui le déroulement d’agapes culinaires ne s’accompagne pas d’un nectar idoine dont déjà Bacchus louait les bienfaits, est un homme à la vie triste, ou un hypochondriaque qui ne peut respirer que dans une bulle stérile.
Il est surprenant de constater que, dans un budget qui augmente très sensiblement plus que les salaires, les frais, que nous pourrions appeler de jubilation, vont diminuant. Il en est ainsi des fleurs, de la Garden Party et de l’arbre de Noël. En revanche ceux qui participent de l’inutilité ou du superflu sont considérablement en hausse, telle l’installation du nouveau cabinet du chef de l’Etat, ou encore le nombre de personnes à son service (88 de plus), les travaux d’équipement et d’entretien. N’est pas comptabilisée, bien sûr, l’augmentation salariale du maître des lieux, puisque n’étant applicable qu’à partir de cette année de grâce 2008. Ce sera pour l’an prochain.
Il est vrai que le prix du baril de pétrole, atteignant des sommets à la plus grande joie des émirs, galvanise les tentations d’imiter les magnats du forage. Eux non plus ne sont pas des adeptes de Dionysos, leur religion est stricte la-dessus, c’est le ramadan tous les jours; on grappille le raisin d’une main délicate, ornée de bagues, mais on ne porte jamais à ses lèvres la coupe emplie du breuvage fermenté et honni, tout en regardant de derrière des lunettes noires, son peuple avec condescendance.
Sache, ô lecteur -que Dieu te prenne en sa miséricorde- qu’au moment où je te parle j’entends seriner de tous côtés que les caisses sont pourtant vides, que le nombre de fonctionnaires sera réduit, que des casernes vont se camoufler et des bases s’envoler, que la marine restreint ses jeux nautiques, que des hôpitaux ne pourront plus soigner les magistrats dépressifs des tribunaux qui fermeront avec eux, qu’un peu partout on grogne et on fait grève, qu’on vous radie du chômage comme on efface une virgule, qu’on licencie sans vergogne et vous pousse dehors comme poussière qu’on balaie, qu’on augmente les heures de travail et les années de présence à vous faire des marathoniens pour une récompense, si vous parvenez à franchir l’arrivée, qui ne permettra qu’à poursuivre un peu plus loin la course. Et mon bilan est sans doute lacunaire.
Pendant ce temps, outre les dépenses monumentales du Palais, on envisage l’achat d’un avion comme on le faisait d’un carrosse aux armes de sa majesté.
Mais on ne boit plus de Pétrus ou de Romanée-Conti, on allège la hotte du Père-Noël, on cisaille les tiges des roses et on organise un barbecue pour le 14 juillet. L’honneur est sauf, mais la tristesse s’installe!
