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du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

“LES FACTEURS HUMAINS” - JOURNAL, EXTRAIT.

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Photo extraite du site “Cartouche Doré”

4 juin
Hier, après une après-midi de bricolage, je me changeais dans le cellier, avant de nous installer à table pour le repas du soir, lorsque le téléphone sonna. Evelyne est allée répondre; c’était un appel pour moi. D’un signe de tête je l’interrogeais pour connaître le correspondant. De la même manière elle me fit comprendre qu’elle l’ignorait en me tendant le combiné sans fil.

C’était une femme à la voix nette et posée, agréable à écouter. Je devinais chez elle, aux premières paroles, la détermination et l’intelligence. Après qu’elle se fût présentée, heureux qu’elle me contactât, nous parlâmes pendant une heure. Je ne révélerai pas ce qu’elle me confia, mais nous nous comprenions et nos mots étaient semblables. Ce que nous avons vécu, la mort d’un fils, les accusations mensongères, les explications hâtives et fausses, tout ce qui avait déclenché ma colère, elle-aussi, ainsi que sa famille, l’avait subi. Elle ne demandait rien, que la vérité après qu’une véritable enquête ait été effectuée. Au lieu de cela, on lui avait servi sur un plateau, ainsi qu’à la nation, mais au monde également, et vous comprendrez pourquoi tout à l’heure, la raison la plus hypocrite qui soit des causes de la mort de son fils. Et cette raison-là n’était pas la première; une autre lui avait été donnée auparavant. Mais devant la stupidité de ce diagnostic improbable, rupture d’anévrisme à quatre mille mètres, sans doute avaient-ils reculé pour trouver une origine plus probante à la défaillance. Ils avaient été jusqu’à lui dire ceci: “Mais madame, pensez aussi aux intérêts de la France!”

A une mère dont le fils est mort!

Cette femme qui me parlait et dont parfois les pleurs venaient entrecouper les mots, c’était la mère du capitaine Emmanuel MORIUSER, mort le 6 décembre dernier lorsque son Rafale s’est écrasé en Corrèze.

Souvenez-vous, le 10 du même mois, Kadhafi venait en France pour en acquérir quelques uns.

Le dimanche précédant nous avions fait la connaissance des parents d’un autre pilote, mort également en cette sinistre année 2007. Instructeur à l’école de pilotage de l’Armée de l’Air, il venait d’intégrer la Patrouille Cartouche Doré, patrouille acrobatique constituée de trois appareils Epsilon TB 30. Lors d’un entraînement son avion s’est écrasé en bout de piste, l’aile heurtant un monticule de pierres. Le lieutenant Xavier CHAVAROT est mort parce que sa formation n’était pas prétendument terminée. Aucune panne, cette unique raison donnée à ses parents, sans pudeur, au-delà de la décence: “Votre fils n’était pas fini!”

Et pourtant qui l’avait coopté? Qui avait fait son instruction? Qui, surtout, avait signé les autorisations nécessaires? Tout cela avait donc été fait par des incompétents? A qui, mais à qui le faire croire?

Il y a quatre ans, le 23 mars 2004, le Lieutenant Christophe FARNIER, instructeur, mais aussi équipier de la Cartouche Doré, et son élève Florian CARRIERE, se tuent dans le crash de leur Epsilon. Conclusion des enquêteurs du BEAD: altération de la synergie entre le moniteur et son élève!

Des témoins ont entendu l’avion avoir des ratés. Témoignages consignés par la gendarmerie. Deux mayday ont été émis avant le crash.

Il y a six ans, lors d’une démonstration à Salon de Provence, le Charognard de la Patrouille de France s’écrase près des personnalités présentes. Son pilote, le capitaine MARCHAND s’éjecte au dernier moment afin de les éviter; trop tard pour lui, le parachute du siège est inopérant, il se tue. Excès de confiance! Telle est la conclusion de l’enquête.

L’analyse de l’épave effectuée par les experts militaires montre les mêmes défaillances que l’expertise civile, soit un problème sur le trim (aide aux commandes), mais les conclusions ne sont pas identiques, “facteurs humains” pour la première, défaillance mécanique pour la seconde. Fallait-il que “Vivien” s’éjectât de son Alpha Jet au-dessus de la foule pour sauver sa vie et son honneur, mais en briser d’autres, de multiples autres?

Ces mères, ces femmes, désormais je connais leur désespérance, leur souffrance, leur colère. Elles ont perdu un fils, un mari. Elles ont tout donné à la France, car on ne peut offrir plus que la chair de sa chair, et pour seul réconfort ne reçoivent que dédain et arrogance. Faut-il donc que vous ayez si peu de coeur pour affronter leur regard!

Toutes ces conclusions ont un nom, un doux euphémisme, “facteurs humains!”. En d’autres termes, c’est toujours la faute du pilote. Je n’ai jamais entendu le terme “facteurs mécaniques”, à croire que toutes les pièces sont inaltérables sur les avions de l’Armée de l’Air.

Quand brisera-t-on ce mur d’indifférence sur lequel viennent se poser, oiseaux migrateurs retrouvant leur espace, porteurs de désespoir, le mensonge et l’hypocrisie?

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