Moi, j’ai dit bizarre, bizarre; comme c’est étrange!
Hier, tard dans la nuit, j’avais commencé d’écrire un petit billet, une brève, sur la garde à vue d’un médecin de Valence, victime des déclarations d’un vraisemblable prix Nobel en bizarreries résidant dans cette bonne ville. Notez bien que ces Nobel-là, il y en a tant dans notre riant univers, que l’académie du même nom a renoncé de les décerner en raison du coût mirobolant que ça engendrerait. D’ailleurs c’est inutile, ils oeuvrent ardemment quotidiennement pour se décerner eux-mêmes le prix et s’auto-congratuler ensuite devant la tâche accomplie. Je n’ai donc pas mis en ligne mon petit texte, l’ayant fait précédemment pour deux autres, le réservant pour ce soir afin de ne pas vous donner une indigestion et certain que cet homme serait alors cloué au pilori. Las! pour moi, mais heureusement pour lui, un juge intelligent en a décidé autrement.
N’empêche, grâce aux élucubrations de rares imbéciles, un homme a été traîné dans la boue, pour rien; pardon, pour avoir fait son travail correctement.
Ci-dessous le texte, avec un retard de vingt quatre heures, sans changer une virgule.
Une mamie meurt après un accident cardiaque, et l’on accuse le médecin, d’origine étrangère comme le ressasse à l’envie la presse, d’avoir pratiqué “des gestes tout à fait bizarres au regard de la pratique médicale normale”. Quel est donc l’examinateur en chef présent sur les lieux, sûrement assez compétent, nobélisable sans doute, pour ne pas intervenir, laisser faire mais juger du haut de sa science que le médecin agissait comme un farfelu et s’en aller, illico, le dénoncer au directeur de l’hôpital, ce dernier faisant preuve d’une rare compétence en précaution pour rédiger, presto, un rapport bien tourné atterrissant sur le bureau du procureur de Valence?
A l’heure actuelle, en ce dimanche soir, le médecin est toujours en garde à vue dans les locaux de la police.
Mais quel est cet univers dans lequel nous pataugeons où, sur dénonciation, chacun d’entre nous peut se retrouver dans cette nasse dont on ne sort que couvert de stigmates? Aujourd’hui ce médecin, car l’accusation ne reposant que sur l’affirmation de gestes bizarres, pourquoi pas demain, à l’encontre de tout autre, un passant éphémère, bardé de connaissance, une espèce de divinité, mieux, une pomme de l’Eden faite homme (ou femme), trouvant bizarre le comportement de l’individu qu’il croise et examine, ira dénoncer à qui de droit ses gestes étranges dans sa façon de travailler.
Les sycophantes ont toujours été lamentables, surtout quand l’ignorance les accompagne fidèlement, s’érigeant en procureurs plus implacables, si tant faire se peut, que les vrais.
Quant à ceux qui les écoutent du haut de leur superbe, n’ont-ils pas eux aussi une attitude bizarre?
SUICIDE D’UN MEDECIN.
Ce matin dans le commissariat d’Asnières-sur-Seine un homme s’est suicidé en se tirant une balle en plein coeur.
Il était médecin. Il avait soixante ans. Une jeune femme avait porté plainte contre lui pour agression sexuelle après lui avoir injecté, affirme-t-elle, des produits pour abuser d’elle.
Convoqué par la police, où il avait déjà été entendu en 2006, il a demandé à se rendre aux toilettes et s’est tué en criant “pour l’honneur!”
Voici les faits.
Mais les questions restent en suspens.
D’abord celle-ci: comment peut-on entrer dans un commissariat avec une arme? Petite et discrète, selon le directeur départemental de la police, il n’avait pas été fouillé car non mis en examen.
Pourquoi dès lors se tuer? Par crainte du scandale, par crainte de la vérité, par honte d’être injustement accusé ou par lassitude?
La jeune femme ment-elle ou dit-elle la vérité? Pour quelle pathologie annoncée lui avait-il administré un produit? Car on n’impose pas une injection sans au moins une raison, même fallacieuse. Où? A son domicile ou au cabinet? Pour quels symptômes avait-elle consulté? Car là encore, on ne se rend pas chez un médecin uniquement pour lui dire bonjour, bien que j’aurais des exemples.
Toutes ces questions que je me pose, les posera-t-on à la jeune femme? Car si elle dit la vérité, justice désormais lui a été rendue par son propre agresseur. Si elle a menti elle portera sur la conscience la mort d’un homme.
Je n’accuse ni l’un ni l’autre, pas plus que je ne condamne. Je sais qu’il existe des brebis galeuses partout, et même chez les médecins que je connais bien pour les avoir côtoyés de longues années, professionnellement. Je sais aussi qu’ils subissent de la part de leurs patients, parfois mécontents, des attaques régulières. Je sais que certains, rares, très rares, ne sont pas dignes d’exercer.
Mais ce que je sais aussi c’est que nombre d’entre eux craignent de plus en plus ces dépôts de plainte presque toujours injustifiés. Un médecin de ma connaissance refuse désormais toute consultation seul à seul dans un foyer de jeunes. Un éducateur spécialisé que je connais, vient de subir une injustice au seul témoignage d’un enfant qui l’accusait de sévérité, sa mère menaçant de porter plainte, ce qu’elle ne fit pas, et pour cause. Et le phénomène touche tous les milieux, sans nier pour autant les quelques abus qui demeurent. Pour le permis de conduire, il faut attendre une réponse postale. Les inspecteurs craignent les violences en cas d’échec. On recrute en duo, dans les sociétés, pour éviter un éventuel chantage. On laisse la porte du bureau ouverte lors d’un entretien. On fait signer des décharges aux malades hospitalisés (même pour un examen banal). On enregistre, on filme, on se fait accompagner.
Un livre n’y suffirait pas, tant les craintes de se voir accuser de tous les crimes de la terre s’amplifient.
Nos concitoyens souffrent d’une pathologie, celle de la “plaintonite”, et je ne sais pas si ça se soigne.
