RAS LE BOL!
Ras le bol! J’en ai vraiment ras le bol de ces médias, et quels qu’ils soient, ressassant jusqu’au trop plein l’information dont on sait qu’elle attirera le gogo en quête de réflexions dignes d’un ilote, ou celui à la recherche d’une philosophie de bar-tabac. Que la presse écrite, au désespoir du dernier bilan édité par l’expert comptable, se laisse aller à ce dérisoire, au nom de la sacro-sainte économie et de la dure loi du marché, passe encore, au risque de ne devenir que triste tabloïd sans intérêt précipitant sa perte, mais que cette déferlante ravage tous les domaines, et en particulier avec une mention spéciale, cet espace virtuel où l’on pensait trouver un soupçon de liberté et d’air pur, me pétrifie. Il suffit d’un mot, d’un nom, portant en lui une espérance malsaine de racisme, de haine, de voyeurisme, de turpitude, de fraude, pour que les titres fusent comme des salves de lance-roquettes ou s’épanouissent comme un bouquet final de feu d’artifice. Le fromage est présenté puis découpé, partagé, fractionné, délayé à tel point qu’un veau ne reconnaîtrait pas le lait de sa mère. Ne manque plus que la couleur qu’un charognard serait allé prélever dans la flaque de sang, qui doit nécessairement sécher près d’un caniveau, pour enluminer les lettres, afin que le lecteur avide, ce Dracula moderne, puissent lécher son écran et satisfaire son besoin d’orgie.
Et cet irrépressible besoin atteint son acmé dans l’apothéose des commentaires, où borborygmes et éructations se le disputent à l’indécence et au calamiteux. Au moins autrefois, de nos journaux, pouvait-on faire de petits carrés de papier qu’on suspendait dans les latrines.
Certains auront subodoré avec justesse que cette goutte d’eau, ayant fait déborder mon vase de tolérance, n’est pas tombée du ciel mais des multiples postillons projetés suite au tabassage d’un jeune de dix sept ans. Oui, mais ce jeune est juif! Et alors? Peu m’importe. Que ce soit vous qui ayez pris les coups, ou moi, ou lui, quelle différence? Le fait divers n’allait pas au-delà, avant d’en savoir plus. Et il n’est nullement nécessaire d’épiloguer, de conjecturer, d’inventer, d’imaginer, d’affirmer puis d’infirmer et affirmer à nouveau tant que la police ne sera pas allée au bout de son enquête. Cet événement n’en est qu’un que pour celui qui l’a vécu, au même titre que pour tout autre individu, riche ou manant, roi ou brigand, corse ou juif, noir ou blanc, inouit ou arabe. Le reste n’est que mayonnaise montée au fouet des supputations stériles,dégoulinant du bol, mais alléchant le badaud.

