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du Journal SUD OUEST

Les notes de Patrick PIKE
Un petit soleil aura toujours plus d’attrait qu’un gros satellite!

Pike | La mort d’une philosophe.

Combien sont-ils ces philosophes, ces penseurs, ces chercheurs rejetés, bannis, assassinés pour leurs idées, leurs actes ou encore leur simple façon de se comporter dans la vie? Combien sont-ils à pâtir encore du rejet, du dédain, de la mise au pilori de la part de leurs pairs et des incultes n’acceptant pas la différence? Tout le monde connaît le sort tragique de Socrate condamné à la ciguë parce que trois athéniens modèles le dénoncèrent aux juges, l’accusant d’impiété, d’introduire de nouvelles divinités et de pervertir la jeunesse. Sa maieutique, ou l’art de questionner, déplaisant à bon nombre. Il leur fallait aussi un bouc émissaire après l’échec d’Athènes dans la guerre du Péloponèse, la tyranie des Trente qu’elle subit et le retour de la démocratie.

Socrate est un symbole, mais Gallilée, le physicien, l’astronome, aussi; Descartes également dont l’œuvre fut condamnée par la Sorbonne treize ans après sa mort, et Spinoza rejeté par la communauté juive, Arnauld encore, le grand Arnauld ce penseur du jansénisme, Voltaire même qui connut la prison et l’exil. Et tant d’autres qu’il me faudrait énumérer comme on égrene une litanie des morts. Un dernier peut-être, Marx à la pensée détournée qui fut banni de Paris, car jugé révolutionnaire.

Et aujourd’hui, comme hier Sarah Kofman, une jeune femme, agrégée de philosophie, s’est suicidée. Chercheuse hors pair et enseignante irréprochable aux dires de ceux qui l’ont côtoyée, elle espérait sa titularisation en tant que maître de conférences à l’université de Bretagne Occidentale.

Marie-Claude Lorne s’est jetée dans la Seine un jour de septembre après qu’une commission de spécialistes (où les absents d’ailleurs, en nombre majoritaire, pourront proclamer qu’ils n’y étaient pas) ait décidé de son destin universitaire. Elle avait 39 ans, son corps fut retrouvé le 3 octobre dernier. Le 22 septembre elle avait écrit une lettre expliquant son geste, dans laquelle elle évoque cette iniquité d’une titularisation rejetée.

Selon quelques uns de ses pairs -dont je vous mets en lien l’article, en bas de page- cette jeune femme, cultivée, mélomane, raffinée, jamais ne cédait à la compromission. Fidèle à l’essence même de la philosophie, elle avait le goût de la vérité, n’acceptant pas le semblant. Passionnée, elle discutait âprement devant un argument insatisfaisant et ne cédait pas, intransigeante dans le sens noble du terme. Elle ne pouvait, ainsi, que se rendre indésirable et se faire bannir des doctes assemblées. Grassi, de nos jours, veille encore.

Mais les pusillanimes, les velléitaires, les infimes ne peuvent savoir ce qu’est un idéal, engoncés qu’ils sont dans la médiocrité de leur sinécure et la contemplation de leur nombril. Je pense même qu’ils ne comprendront jamais qu’on puisse mourir de désespoir, eux les adeptes de la vacuité. Pour quelques uns, sans doute, l’univers toujours tourne autour de leur immense personne, plantée comme un mât au centre de leur terre.

Les médias n’ont guère relayé cette disparition. On préfère les morts plus tonitruantes, plus alléchantes, plus crapuleuses; des morts qui veulent dire quelque chose, qui vous parlent, qui vous étanchent les méninges de leur soif de sensation. Pas une mort pour un boulot, un idéal, une passion. Cela ne signifie rien.

Et pourtant si, cette mort signifie bien autre chose qu’un infime fait divers.

Elle veut dire qu’une soif d’absolu, une intransigeance sereine, une volonté de perfection, une quête de la vérité, peuvent être brisées par l’étau qui prévaut aujourd’hui dans le monde du travail, et pire encore si tant faire se peut, au sein d’une institution républicaine dont les membres se devraient de faire honneur à la supériorité de quelques uns des leurs.

Mais dans une société qui prône la réussite des petits chefs, peut-on espérer plus que l’aigre envergure qu’ils tentent en vain de déployer?

article: 24 heures philo

SE DETENDRE ET APPRENDRE. 2 LIVRES A RECOMMANDER.

Si l’envie vous en prend lors de vos prochaines vacances, allez à Saintes cette petite ville riche d’histoire, mais surtout n’allez pas téléphoner dans une cabine publique, vous risquez d’avoir des surprises.

Capitale de la Saintonge, située à l’extrême ouest de la Via Agrippa reliant Lugdunum (Lyon) à l’Océan sous l’empereur Auguste, Médiolanum Santonum (Saintes) doit son nom au peuple Gaulois de l’époque, les Santons.

Mais, me direz-vous, quel rapport avec le téléphone? Y’en avait pas sous les Gaulois! Certes, vous répondrai-je, mais tout au long de son histoire la ville s’est enrichie de tunnels, aqueducs et autres souterrains sillonnant son sous-sol -dont d’ailleurs, soit dit en passant, est truffée la campagne alentour- permettant de s’enfuir, d’acheminer l’eau ou d’y cacher des secrets et des trésors. OK! mais le téléphone? On y passe les câbles? Peut-être.

Je ne vous en dirai pas plus. Si vous voulez vraiment savoir ce qui s’y trame, lisez pour vous détendre la nouvelle aventure de Ari Fergusson, ce détective aux allures de bon vivant, fumant, buvant et connaisseur en charcuterie, irrespectueux des limitations de vitesse finaud comme Astérix, aimant les femmes et ses amis. Un homme comme je les aime.

Vous suivrez son enquête sans vous lasser tout au long des 165 pages écrites avec vivacité par Denis Alamercery au titre prometteur, “Les dessous de Saintes”, Ed. Bordessoules, 12 euros. Mais surtout n’allez pas lire, avant de commencer, les 2 dernières pages, tout le mystère s’y dévoile.

Ce bouquin là c’était pour me détendre, mais j’y ai aussi appris, tout comme je me suis détendu en apprenant beaucoup dans un autre bouquin que je vous recommande, celui de Michel Serres, “Petites chroniques du dimanche soir” tome 2 Ed. Le Pommier 19,90 euros où sont mises par écrit les conversations qu’il a eues avec Michel Polacco, chaque dimanche soir sur France Info.

Je me suis régalé devant tant de sagesse, d’humilité, de connaissances et de profondeur d’esprit.

Mine de rien, Michel Serres nous distille une pensée, une philosophie pour notre quotidien en évoquant les événements du monde, les commentant, les expliquant, les raccordant à l’histoire, avec les mots simples et compréhensibles qui font sont talent.

Loin, très loin de nos penseurs abscons dont on se demande parfois s’ils comprennent eux-mêmes tout ce qu’ils veulent nous dire.

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