LE DROIT AU TRAVAIL,LE TRAVAIL DU DROIT.
Hier je m’interrogeais; comment se fait-il que les riches deviennent aussi nombreux dans le même temps que les pauvres s’appauvrissent? J’ai la réponse aujourd’hui; Du moins, c’est Xavier Bertrand qui me l’apporte. Pour devenir riche il faut travailler plus avait répété le candidat Sarkozy. Par conséquent, en zélé partisan du patron, le ministre du travail n’hésite pas à mettre en oeuvre ses idées géniales, quitte à aller au-delà de sa pensée, du moins de ce qu’il avait dit. Supprimons les trente cinq heures, que ceux qui travaillent en fassent un peu plus, ils deviendront riches et les autres n’auront qu’à tendre la main pour quêter une obole. C’est une trouvaille, que même moi je n’y aurais pas pensé! A tel point d’ailleurs, que les syndicats commencent à lever sérieusement les sourcils et que le MEDEF se demande si c’est vraiment raisonnable d’aller à l’encontre des négociations en cours. C’est tout dire de sa compréhension de la réalité du monde et de sa perception de l’univers du travail. Que voulez-vous, on ne peut pas demander à quelqu’un qui n’a jamais tenu une pioche de sa vie huit heures durant, chaque jour, de soigner aussi les ampoules que l’échauffement du manche provoque. Il est capable de leur dire de mettre des gants, blancs de préférence afin de voir s’ils ont réellement servi. Bref, les quarante heures c’est pour demain si tout va bien. Le progrès est en marche. Soyez heureux, vous allez vous enrichir sans heures supplémentaires. Et puis, avec les progrès de la technologie, vous pourrez écouter vos musiques préférées ou téléphoner, avec un casque sur les oreilles, sans quitter votre poste de travail. C’est un double avantage, car en plus il vous protégera du bruit ambiant. Ah! travailler en écoutant le murmure des vagues! Plus besoin de prendre de vacances. On envisage la création de lunettes spéciales avec diaporamas de lagons bleus.
A tel point que cinq semaines de congés, désormais ce sera trop, ce sera superfétatoire. Je regrette d’être né trop tôt. C’est trop injuste, j’aurais même pu gagner de l’argent en économisant sur mes vacances.
A propos de justice, je lis à l’instant que le tribunal de grande instance de Lille vient d’annuler un mariage, au prétexte que la jeune femme, musulmane, n’était pas vierge. Et lui, ce bon musulman, était-il encore puceau? Et vous, juges, avez-vous encore tout votre esprit? Êtes-vous donc à ce point si férus de droit pour dénicher sous les pages poussiéreuses du code un article pour donner raison à ces conceptions moyenâgeuses? Devant une telle ineptie, les mots me manquent. Comment peut-on décider qu’une femme, quelle que soit sa religion, ne peut se marier sans être vierge? Au nom de quoi, au nom de qui peut-on juger de la liberté du corps, de son corps? Avez-vous véritablement réfléchi à ce que vous venez de décider? Aux conséquences d’une pareille absurdité? Au drame que vous venez de déclencher? Ce n’était pas au plaignant qu’il fallait donner raison, mais à la femme. C’est l’homme qu’il fallait condamner pour oser faire une telle demande devant la justice de France.
“La mission de la justice est noble, considérable. Elle se suffit à elle-même.” Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un de vos pairs, et non des moindres, l’avocat général Philippe Bilger. Il l’écrivait aujourd’hui dans l’un de ses billets, à tout autre propos. Mais comme elle est splendide cette phrase! Comme elle énonce ce que tout citoyen est en droit d’attendre d’elle et de vous qui en êtes, théoriquement, les garants. Vous n’aurez su aujourd’hui, par votre jugement, que nous la rendre à nos yeux un peu plus pitoyable et insignifiante.
